Manuel Musallam: Alléger le blocus, c’est une manière d’accepter l’occupation de Gaza

9:07 - July 11, 2010
Code de l'info: 1953968
France(IQNA)- Manuel Musallam vient de sortir un livre sur la situation en Palestine.
Manuel Musallam: Alléger le blocus, c’est une manière d’accepter l’occupation de Gaza
France(IQNA)- Manuel Musallam vient de sortir un livre sur la situation en Palestine.
Prêtre catholique, Palestinien, Manuel Musallam a été quinze ans curé de Gaza, de 1995 à 2009. Il vient de sortir un livre racontant cette expérience (« Curé à Gaza », Ed. de l’Aube), et confie à Saphirnews son pessimisme sur la situation en Palestine, tout en lançant au monde un appel à la justice.
-Comment va votre pays depuis la levée partielle du blocus ?
-Ce n’est pas le blocus qui gêne les gens. Bien sûr, on a besoin d’aide matérielle, mais ce qui gêne les gens, c’est le manque de travail, de fierté nationale ; c’est l’humiliation, c’est la peur, toujours, d’une guerre... Alléger le blocus, cela ne veut rien dire. Le peuple palestinien ne mourra jamais de faim, mais il besoin de sa liberté. Ce blocus, il ne faut pas l’alléger, mais il faut y mettre fin.
De plus, si le monde accepte l’allégement de ce blocus, cela veut dire que le monde accepte l’occupation. Mais le monde doit refuser un tel siège, une telle punition d’une nation...

-Comment se traduit l’occupation dans la vie quotidienne ?
-Ce sont des vexations permanentes. Pour sortir de Gaza, il faut un permis. Ils ne sont presque jamais donnés. Moi, par exemple, j’ai mon passeport de Gaza, et pourtant je ne peux pas vivre dans ma maison en Cisjordanie : j’ai besoin d’avoir un permis. Lorsque j’ai dû aller à Paris, j’ai encore dû demander un permis. Je n’ai pas eu le choix de ma date de retour... et je commence déjà à en demander un nouveau, pour un voyage en septembre, parce que cela prend bien un mois pour le faire faire.
Depuis l’opération « Plomb durci » de 2008, les maisons qui ont été détruites n’ont pas été reconstruites. Les gens sont obligés de se réfugier chez des parents ou des amis, c’est un autre fardeau... Les carreaux sont cassés, et on n’a pas de verre pour les remplacer... Pas d’eau ni d’électricité non plus... Beaucoup de nourriture ne peut pas être gardée : le lait, le fromage, la viande. De l’électricité, il n’y en a que 4 ou 5 heures par jour.
Et quand on voyage, on peut rester bloqué à un check-point pendant 5 heures... Il serait plus facile d’aller jusqu’en Europe que de faire une cinquantaine de kilomètres sur cette terre ! Aller de Jéricho jusqu’à la Jordanie prend 5-6 heures, et il faut payer au moins une centaine de dollars pour sortir, la même chose pour rentrer. Tout ça pour un trajet de 100 km.
Au lieu de donner aux gens du travail, on leur prend ce qu’ils ont chez eux. Les familles perdent leur fortune stratégique : les femmes vendent leur or, leurs costumes brodés. On vend même le mobilier, les matelas, les armoires, les miroirs... pour pouvoir survivre. C’est infernal cette vie.
C’est faux de dire qu’Israël a besoin de protection. Ici en Cisjordanie, il n’y a pas une roquette braquée vers lui, pas un coup de pierre. Pas une mouche ne peut rentrer en Israël sans son autorisation ! Les Israéliens sont de grands menteurs. Les Palestiniens ne menacent pas leur sécurité. Ils n’ont pas de chars, de roquette, pas d’avions : avec quoi pourraient-ils menacer Israël, qui est un État nucléaire ? Israël refuse de marcher vers la paix, car elle gagne beaucoup dans cette occupation : 3 millions de personnes dépendent d’elle, qui ne produisent rien, n’exportent rien, ne font que consommer.
C’est pourquoi nous, Palestiniens, nous invitons les gens non pas à venir faire un pèlerinage pour voir les Lieux saints, mais à venir voir la situation des gens de Palestine. Voir un enfant qui est en prison, et sa mère qui met deux jours pour aller lui rendre visite. Voir la peur des orphelins, voir les hôpitaux sans médicaments.

-Comment arriver à la paix, selon vous ?
-La première étape, c’est la protection du peuple palestinien. Nous avons besoin d’une protection internationale, d’une force qui puisse dire la vérité : dire qu’Israël n’est pas menacée, qu’Israël est sûre sur ses frontières et doit dessiner ses frontières. Un État reconnu sans frontières depuis 62 ans, qu’est-ce que c’est que ça ?
Israël doit se retirer sur les frontières de 1967, que les Palestiniens ont acceptées, et créer l’État palestinien. Mais pour commencer, il faut nous protéger.
Autrement, si on ne fait que nous faciliter la vie sous l’occupation, cela signifie qu’on accepte cette occupation, que les gens qui souffrent continueront à souffrir, que d’autres sanctions plus dures pourront voir le jour.
Depuis 62 ans, cela marche comme ça ! Au lieu d’employer sa force pour imposer une paix, Israël en profite pour menacer les gens autour. On a peur d’une guerre religieuse, qui peut éclater tous les jours. Et alors, gare au monde ! Car c’est la paix internationale qui serait menacée.
Et puis, en finir avec les colonies. Ils ont changé Jérusalem. Ils ont changé la West Bank, l’ont coupée. Il ne reste plus un potentiel pour faire un État palestinien. Ils y bâtissent comme si c’était Israël. Ils ont cette audace de dire non au monde !
Source: saphirnews
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