Dans son discours, prononcé en son nom, le Directeur général a passé en revue les problèmes que connaît le Monde islamique, dont principalement l’analphabétisme qui atteint le niveau très élevé de 46%, qui concerne presque la moitié de la population du Monde islamique. Vient ensuite le problème du chômage, où 35% de cette population est improductive. Le Monde islamique souffre également du fléau de la pauvreté, conséquence de ces deux problèmes et du grand déséquilibre politique et économique. Ce fléau, qui atteint 60% de cette population, signifie qu’environ les deux tiers des musulmans sont des pauvres qui vivent dans un Monde islamique riche. De plus, ce dernier importe une grande quantité de produits alimentaires provenant de plusieurs pays occidentaux, puisque seulement 11,4% de ses terres agricoles sont exploitées.
Et d’ajouter que parmi ces problèmes, figurent l’augmentation du fanatisme et de l’extrémisme intellectuel ; l’appréhension superficielle des concepts culturels ; l’augmentation, dans plusieurs médias et évènements artistiques, des activités de divertissement qui portent atteinte aux valeurs morales et au comportement ; l’émergence, chez des pouvoirs régionaux, d’orientations visant à contrôler, à s’ingérer dans les affaires des Etats voisins et à provoquer les troubles et le chaos.
Par ailleurs, Dr Abdulaziz Othman Altwaijri a expliqué qu’en étudiant profondément les problèmes nombreux et cumulés que le Monde islamique connaît en cette période critique de l’histoire de la Oumma, l’on finit par souligner la nécessité de mener des réformes profondes et globales dans tous les domaines. Dans ce cadre, le Directeur général a déclaré : « Appeler à mener des réformes signifie l’existence de corruption ; quelle qu’en soit le type et l’environnement où elle se développe ». La corruption politique, administrative et financière, a-t-il indiqué, constitue la source des problèmes éthiques et sociaux dont l’accumulation risque d’affaiblir le pouvoir de l’Etat et de déséquilibrer le système de la société.
Le Directeur général a également déclaré qu’en examinant les enseignements de l’histoire et les faits du présent, il ressort que la corruption politique, administrative, financière, éthique et sociale dans le Monde islamique est issue de la déviation du chemin juste de l’Islam et de sa Charia tolérante. Cette justesse se reflète notamment sur plusieurs niveaux, à savoir : la bonne gouvernance ; la concertation qui en constitue le fondement ; la participation équitable des décideurs religieux dans la prise de décision sur les affaires publiques ; la transparence et la responsabilité ; et le respect de la dignité et des droits de l’homme, lesquels sont inspirés des préceptes de l’Islam.
De plus, le Directeur général de l’ISESCO a souligné : « Provenant de plusieurs sources, les problèmes qui entravent le développement équilibré du Monde islamique et affaiblissent la structure de l’Islam et l’unité de la Oumma islamique sont originellement dus à la déviation du droit chemin dans les domaines de la gouvernance, de l’administration, de l’économie, de la société, de l’enseignement, de l’éducation et de la culture ». Il a également indiqué que le Conseil des ministres des Affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la Coopération islamique (OCI) avait examiné, lors de sa dernière session, les défis émergents auxquels les sociétés islamiques sont confrontées, et qui sont dus aux développements que connaît la région du Moyen orient et de l’Afrique du nord. Selon le Directeur général, le Conseil a exhorté les Etats membres à faire de ces problèmes une opportunité pour améliorer la qualité de vie des peuples islamiques, en adoptant des moyens tels que la promotion de la paix et de la coopération, la consécration de la suprématie de la loi, le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales, la bonne gouvernance, la concertation et la responsabilité.
Et d’ajouter que la nécessité de résoudre les problèmes que connaît le Monde islamique, en relation avec les moyens précités, exprime une phase de développement et une mutation importante dans la recherche de solutions aux problèmes grandissant qui constituent désormais des crises menaçant la stabilité du Monde islamique et la souveraineté de ses Etats.
Par ailleurs, Dr Abdulaziz Othman Altwaijri a indiqué que les ennemis de la Oumma islamique cherchent à l’affaiblir, à porter atteinte à son unité et à y provoquer les troubles. De ce fait, tout retard dans la mise en œuvre des programmes de réforme globale leur permettra de continuer dans leurs actes hostiles et d’éloigner les peuples de la Oumma islamique du chemin de la construction et du développement, en provoquant le chaos et la rivalité.
Dans ce cadre, le Directeur général a déclaré que la conduite des réformes globales et profondes, qui commencent par la bonne gouvernance fondée sur la concertation, la responsabilité et la souveraineté de la loi et finissent par le respect des droits de l’homme et des libertés publiques, découle de la responsabilité à la fois des gouvernements et des peuples. Il a ajouté aussi que la promotion de la paix civile est conditionnée par l’activation de ces principes fondamentaux et objectifs, en l’absence desquels il serait impossible de garantir la stabilité.
Et d’ajouter : « L’histoire nous apprend que les réformes légitimes que nous réclamons ne seront possibles qu’en garantissant la sécurité dans tous ses aspects, en instaurant la paix civile, en jetant les bases de la bonne gouvernance, avec l’ensemble de ses dispositions juridiques, constitutionnelles, politiques, économiques et sociales et en adoptant une action de concertation, marquée par la transparence, la participation dans la prise de décision quant aux affaires publiques et l’esprit de responsabilité.
En vue de résoudre les problèmes précités, ces actions devront être accompagnées de mesures visant à moderniser le système d’enseignement, à développer les sciences, la technologie et l’innovation, à accorder davantage d’intérêt aux jeunes en étant à l’écoute de leurs problèmes, en répondant à leurs besoins et en les sensibilisant à leurs droits et à leurs devoirs envers la nation. Ces mesures visent également à garantir les droits de la femme en lui permettant de jouer pleinement sont rôle dans la promotion de la société, à respecter la diversité doctrinale qui enrichit le Fiqh islamique, à lutter contre l’extrémisme, le sectarisme et toute déviance qui affecte l’unité de la Oumma islamique. En effet, ces réformes sont dictées par la bonne gouvernance qui englobe aussi bien la politique, l’économie, le social, l’éducation, l’enseignement, la culture que le discours religieux, y compris les autres domaines qui touchent l’individu et la société ».
Au terme de son allocution, prononcée par M. Abdelkader El-Idrissi, rédacteur en chef de la revue publiée par l’ISESCO, intitulée L’Islam aujourd’hui, Dr Abdulaziz Othman Altwaijri a déclaré : « Les problèmes que connaît le Monde islamique, qu’ils soient d’ordre politique, économique ou social, ne peuvent être résolus qu’à travers ces réformes qui doivent être menées de l’intérieur, en se basant sur la relation qui lie le gouverneur aux gouvernés. Cette relation devrait elle-même être fondée, à tous les niveaux, sur une base solide de respect mutuel, d’entraide, de concertation et d’action commune, en vue de servir l’intérêt général de la nation et de la Oumma toute entière ».
Source: ISESCO