Cette déclaration remet en cause son abandon de l'ultranationalisme et risque de dégrader les relations dans la région qui sont toujours profondément marquées par les guerres des années 1990.
"Il n'y a pas eu de génocide à Srebrenica", a déclaré le nouveau président serbe, un nationaliste populiste, lors d'une interview à la télévision monténégrine diffusée sur son site Web vendredi. "Un grand crime s'est produit à Srebrenica commis par des Serbes, des membres du peuple serbe, il faut les trouver, les juger et les punir", a ajouté M. Nikolic.
En juillet 1995, vers la fin du conflit intercommunautaire en Bosnie (1992-95), les forces serbes de Bosnie ont massacré environ 8 000 musulmans à Srebrenica, tuerie qualifiée de génocide notamment par la Cour internationale de justice (CIJ) en 2007.
Les anciens chefs politique et militaire des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic et Ratko Mladic sont actuellement jugés pour génocide par le TPIY pour leur rôle dans ce massacre. Plusieurs hauts responsables de l'armée des Serbes de Bosnie, mais aussi des soldats ont déjà été condamnés par la justice internationale pour leur rôle dans ce qui est considéré comme la pire tuerie en Europe depuis la deuxième guerre mondiale.
A Sarajevo, le membre musulman de la présidence de Bosnie, Bakir Izetbegovic, a estimé que le déni du génocide de Srebrenica est une "source de nouvelles tensions" qui "jette une ombre et met sérieusement en cause" le discours pro-européen de M. Nikolic et son engagement en faveur de relations apaisées dans la région. "Nier le génocide de Srebrenica, qui a été prouvé par le TPIY, n'est pas la voie de la coopération et du rétablissement de la confiance, mais justement le contraire c'est la source de nouveaux malentendus et de tensions" dans la région, a affirme M. Izetbegovic dans un communiqué.
Le nouveau président serbe va devoir à présent rassurer ses voisins régionaux, mais aussi les responsables de l'Union européenne lors de sa première visite officielle à l'étranger, prévue à Bruxelles vers la mi-juin. Belgrade s'est vu octroyer en mars le statut de candidat à l'adhésion à l'UE mais attend une date pour ouvrir les négociations. Bruxelles a toutefois clairement signifié que l'amélioration des relations de la Serbie avec les pays voisins était un élément décisif pour son adhésion éventuelle à l'UE.
M. Nikolic, un ancien ultra-nationaliste qui, sans abandonner la rhétorique populiste, a retourné sa veste pour prôner l'intégration européenne, a été élu à la surprise générale président de la Serbie le 20 mai au deuxième tour de l'élection présidentielle qui l'opposait au pro-européen Boris Tadic.
Son prédécesseur, Boris Tadic, a été le premier président de Serbie à se rendre à Srebrenica, le 11 juillet 2005, à l'occasion du dixième anniversaire du massacre. Il s'y est rendu une deuxième fois en 2010.
Source: Lemonde