Une nouvelle formation dispensée par l'université Lyon III propose aux imams et théologiens musulmans une meilleure connaissance de la laïcité. Pour les responsables musulmans, soumis aux questions des fidèles, cette enseignement va leur offrir «de nouveaux outils pour leur répondre».
«Qu'est-ce que la neutralité religieuse?», demande la professeur. «C'est ne pas prendre parti», répond une élève voilée, au milieu d'un public particulier à l'université Lyon III, réunissant cadres musulmans et fonctionnaires pour une formation inédite à la laïcité. Les religieux, tout comme les fonctionnaires, sont confrontés régulièrement à des questions de conciliation de la foi et des lois de la République. C'est un des motifs de création de cette formation, qui débouche pour les premiers sur un certificat et pour les seconds sur un diplôme d'université, épreuves à la clé.
Françoise Montalbetti, directrice d'hôpital, veut ainsi «mieux connaître les pratiques cultuelles lors des décès pour organiser les services». Une directrice de l'administration pénitentiaire souhaite pour sa part voir «jusqu'où peut aller la liberté de conscience» dans le cadre de son travail. De son côté, Bariza Yahia, professeur de civilisation musulmane à la Grande Mosquée de Lyon, doit fréquemment donner des «avis religieux», interpellée sur le port du voile ou la prière sur le lieu de travail. «J'adapte la réponse» au contexte français, explique-t-elle.
Les plus jeunes lui demandent parfois «pourquoi les vacances scolaires sont adaptées aux fêtes chrétiennes», malgré la loi de 1905, relève-t-elle. Selon Ahmed Hamlaoui, imam depuis vingt ans à Villefontaine, en Isère, «la plupart dans la communauté pensent que la laïcité est contre l'islam». «Je vais avoir de nouveaux outils pour leur répondre», se félicite celui qui «rêvait» de cette formation, perçue comme «une reconnaissance». «Il fallait tenter quelque chose. Il s'agit de se connaître, de se parler», expliquait le préfet du Rhône en lançant en septembre un premier cycle à destination des seuls responsables musulmans, comprenant des cours de français. L'Etat finance en partie cette formation, la seule en France à mêler les publics, en partenariat avec l'Institut français de civilisation musulmane (dépendant de la Grande Mosquée de Lyon), le Conseil régional du culte musulman, Lyon III et l'Université catholique de Lyon. Trente-deux volontaires ont été sélectionnés, dont 20 aumôniers, imams et enseignants musulmans de la région. «D'un côté les imams, formés à l'étranger, connaissent la religion mais pas le contexte français, de l'autre les fonctionnaires connaissent ce contexte mais pas l'histoire des religions», estime Michel Younès, enseignant à la faculté de théologie de la Catho.
Source: zamanfrance