
«Pas en notre nom», scandaient les organisateurs pour dénoncer le terrorisme islamiste. Des membres des communautés juive, catholique et protestante étaient aussi présents. Les élites du pays voudraient mettre un coup d'arrêt au mouvement islamophobe qui se développe en Allemagne et qui s'est trouvé renforcé par l'attentat commis en France la semaine dernière.
Selon un sondage, 57 % des personnes interrogées considèrent l'islam comme une menace et 24 % souhaiteraient interdire l'immigration des musulmans en Allemagne
«Les terroristes ont trahi l'islam», a dénoncé Aiman Mazyek, président du Conseil central des musulmans devant des milliers de personnes réunies porte de Brandebourg à Berlin. «Je suis Charlie, je suis Ahmed, je suis juif, je suis musulman», a-t-il lancé en prononçant un discours pour la tolérance, introduit par le chant d'un imam citant en arabe un verset de paix du Coran.
Les musulmans allemands ne veulent pas laisser leur croyance être dévoyée, a-t-il ajouté, avant de laisser la parole aux représentants des autres religions, qui ont eux aussi dénoncé l'intégrisme et les préjugés. Angela Merkel n'a pas pris la parole. Mais depuis que le mouvement «anti-islamisation» Pegida tente de s'installer dans le paysage politique allemand, elle a choisi son camp avec une clarté inhabituelle. Lundi, elle s'est rangée derrière l'avis de l'ancien président Christian Wulf, qui avait assuré que «l'islam appartient à l'Allemagne». «Je partage ce point de vue», a-t-elle déclaré.
Il y a quelques années, en octobre 2010, elle s'inquiétait toutefois que le modèle multiculturel allemand ait montré ses limites. «L'approche multikulti a échoué», avait-elle déclaré. La société allemande, qui compte quelque 4 millions de musulmans, reste profondément divisée sur la question de l'islam. Selon un sondage réalisé pour la fondation Bertelsmann paru la semaine dernière, 57 % des personnes interrogées considèrent l'islam comme une menace et 24 % souhaiteraient interdire l'immigration des musulmans. Autre signe de la sensibilité du sujet: la ville de Leipzig a failli interdire que soient brandis lundi soir lors d'une manifestation anti-musulmans des dessins caricaturant l'islam. Pegida prospère sur ce terreau.
Porte de Brandebourg, mardi soir, il était aussi question de terrorisme. Plusieurs milliers de fondamentalistes islamistes vivent en Allemagne. Plus de 550 d'entre eux se trouvent actuellement aux côtés de Daech dans le nord de l'Irak. Les autorités allemandes s'inquiètent: les attentats parisiens pourraient susciter des vocations. Le gouvernement a prévu de renforcer son arsenal juridique pour surveiller les djihadistes et lutter contre les réseaux de financement.
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