Presse française : l’islam est traité de manière neutre ou négative

9:20 - January 06, 2016
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Cet automne, Marie-Anne Valfort, économiste spécialiste des discriminations au travail, livrait une étude très intéressante sur les discriminations à raison de la religion.

L’auteure pointe la dérive que nous dénonçons régulièrement ici-même, en l’occurrence la course à l’audimat, aux clics, aux nombres de pages vues, arguments auxquels les annonceurs sont très sensibles. Les exemples sont légion, mais on citera deux titres au contenu régulièrement et et volontairement islamophobe :Valeurs actuellesetLe Figaro.

Coutumier du fait,Le Figaroa recruté de jeunes gens de la droite extrême, catholique et anti-musulmane, leur a octroyé la carte de presse et leur demande de mener un «combat»(dixit)contre l’islam.

Marie-Anne Valfort résume ce journalisme islamophobe de la sorte :

«Les Français associent spontanément l’islam au fanatisme religieux et à l’oppression des femmes. Or, cette vision négative de l’islam est aussi celle véhiculée par les médias français. C’est à la fois logique et préoccupant. Logique, carles médias doivent vendre. Ils sont donc incités à adopter un discours qui fait écho à celui auquel les lecteurs, téléspectateurs et auditeurs potentiels sont sensibles. Préoccupant, carcette tendance légitime les stéréotypes négatifs à l’égard de l’islam et contribue donc à les ancrer profondément dans l’opinion publique française

L’économiste produit un tableau comparatif sur le traitement médiatique, dans trois hebdomadaires (L’Express, L’Obs et Le Point). Le voici.

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Et voici la lecture qu’en fait Marie-Anne Valfort. Très intéressant.

Parmi les thèmes retenus, ce sont l’extrême-droite et l’islam qui sont les plus fréquemment traités. Le nombre de couvertures qui y sont consacrées est de 17 et 15 respectivement, contre 5 pour le christianisme et 3 pour le judaïsme.Le traitement du christianisme y est plus positif que celui du judaïsme qui est lui-même plus positif que celui réservé à l’islam. Ainsi, lechristianisme est le seul monothéismeque les couvertures de ces hebdomadaires abordent parfois demanière explicitement positive(le reste du temps, le ton est neutre).Le judaïsme est toujours traité de manière neutre. Quant àl’islam, il est traité, à l’image de l’extrême-droite, de manière neutre ou négative. Mais il est plus souvent traité de manière négative que ne l’est l’extrême-droite.

Et plus loin.

Concernant l’islam, sur les 15 couvertures qui y sont dédiées, 10 concernent le
djihadisme et le terrorisme islamiste. Cela risque d’encourager l’opinion publique à assimiler islam et fanatisme. Cette crainte est renforcée par le contenu des cinq couvertures restantes. Bien qu’elles ne traitent pas directement de l’islam violent, la majorité (3/5) renvoient de l’islam une image négative : (i) « Viande : la nouvelle guerre de religion (…) Le dossier noir du halal » (Le Point, 10/01/2013) ; (ii) « Islam. Le danger communautariste » (L’Express, 09/10/2013) avec, en visuel, 11 poupées portant le hidjab; (iii) « Laïcité, intégration, éducation. La République face à l’Islam » (L’Express, 04/02/2015) laissant supposer, à la fois dans le titre et le visuel, une incompatibilité entre ces deux concepts.

Marie-Anne Valfort aurait pu aussi citer cet article surréaliste de Jean-Marie Amat et Yves Benoit du 17 avril 2003 où l’on apprenait – ne riez pas – que l’UOIF avait ourdi un complot «pour noyauter la République» en choisissant comme support matériel un CD de… Carla Bruni.

Ce journalisme sans vergogne ne cessera pas. Bien au contraire. La presse va mal, les annonceurs sont plus tatillons, les médiocres et les vilains ont investi les rédactions. Pour autant, nulle fatalité. La donne peut être changée aisément, oui aisément à condition que vous lectrices, vous lecteurs, chacune et chacun décidiez de soutenir les médias musulmans.

Les soutenir simplement en diffusant les articles qu’ils vous proposent, en téléchargeant, le cas échéant, les applications mobiles à disposition, en les faisant connaître auprès de vos proches ou encore très concrètement et très facilement :en publiant sur Twitter et sur Facebook tous les jours trois liens vers les sites musulmans d’information que vous considérez de qualité. Le geste est à la portée de tous.L’impact est potentiellement énorme. Mais combien il est difficile de convaincre alors que les faits sont là :la médiatisation par les réseaux sociaux a permis d’influer sur plusieurs cas problématiques.

al-kanz
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