Ce n'est pas comme si
l'ambiance était devenue délétère, la plupart des musulmans du quartier Saint
Michel sont d'accord pour le dire. Mais plusieurs observent tout de même
quelques changements dans le comportement des gens. "On
sent que le regard a changé, les gens sont sur le qui-vive, surtout en ce qui
concerne les femmes voilées. Je le vois notamment dans les grandes surfaces. Ma
femme porte le voile, elle n'a pas envie de partir seule dans un commerce. Elle
a peur de se faire insulter. Ce n'est jamais arrivé mais il suffit de voir les
regards, ils en disent beaucoup" explique Abdel. Tarik est du même
avis : "les gens sont
réticents, craintifs. On est comme avant mais les gens eux, ont changé. On ne
peut rien y faire, alors on subit, et on surveille nos arrières, nos femmes. On
ne sait jamais, il peut y avoir des représailles."
Les femmes, particulièrement visées
Souad fait régulièrement
les frais d'altercations racistes, à peine voilées. Des regards noirs, ou
parfois fuyants la plupart du temps. Elle a donc décidé d'enlever le voile dans
certains endroits pour éviter les problèmes : "on
est mal vus, visés. Je sais que quand je vais quelque part pour faire des
papiers, dans des endroits publics, j'enlève mon foulard car tout le monde me
regarde. Cela me fait de la peine."Ibrahim Belhachemi est l'ancien imam de la
mosquée de Bègles, aujourd'hui retraité. Il constate un certain malaise, voire
même une peur chez certains fidèles. "A
cause d'un groupe d'individus que l'on ne sait pas comment qualifier, on subit
le regard, on est stigmatisé, on a de l'angoisse, de la peur, un mal-être.
Certains évitent d'aller à la mosquée, ils n'envoient plus leurs enfants à
l'école coranique, parce qu'ils ont peur. Peur que leurs enfants se
radicalisent, peur aussi de faire les frais de représailles. La preuve, c'est
que même le gouvernement protège les mosquées et lieux de culte, car il peut y
avoir des débordements, des gens qui interprètent mal et qui font porter la
responsabilité à des citoyens musulmans comme les autres."Ibrahim Belhachemi regrette un véritable
changement de considération des gens envers les musulmans : "on
doit tout le temps se justifier, on nous pose tout le temps des questions
auxquelles on ne peut pas répondre, puisque nous sommes de simples spectateurs,
on subit. A chaque fois qu'il y a un événement comme celui-là, des
prétendus musulmans qui font n'importe quoi, c'est toute la communauté
musulmane qui est visée. Pourtant nous aussi nous sommes des victimes."Il reste tout de même
optimiste pour l'avenir : "heureusement, avec le temps, ça
tend à se dissiper. On espère que ça se calmera, pour qu'il y ait la paix et
que l'on puisse vivre tranquillement. Il faut garder espoir, ce sont des
moments difficiles mais on appartient à cette société, tout le monde mérite de
vivre en paix."
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