
Dans son communiqué la FICA s'oppose à ce projet de loi qui sera voté le 10 février prochain et la considère comme discriminatoire et injuste, qui écrase les droits humains, et qui trahit la neutralité de l'Etat.
Voici le communiqué publié par la FICA sur ce projet.
Cette loi viole le principe de neutralité de l’Etat
-Cette loi veut établir la neutralité des fonctionnaires de l’état en les discriminants sur la base de leur religiosité. Cette loi privilégie l’apparence plutôt que la prestation délivrée. Ceci est absurde, injuste et inefficace car la laïcité de l’Etat se manifeste dans la neutralité de l’action de ses fonctionnaires, certainement pas dans leur apparence.. Un fonctionnaire peut être neutre peu importe les « signe religieux » qu’il porte. Un fonctionnaire peut être injuste, biaisé et partial malgré l’absence de signe religieux.
Cette loi est contraire aux droits humains car elle a pour objectif l’abolition du droit fondamental de signe ou expression religieux.
- La neutralité de l’État devrait se définir non pas par l’abolition des signes ou expressions religieux mais par la conciliation des divers intérêts présents dans une société. Un Etat neutre devrait protéger la liberté de croyance. Dans une société libre et démocratique, l’État devrait montrer l’exemple et garantir la liberté de conscience et de confession de TOUS les citoyens et pas seulement de quelques-uns. Mais cette loi injuste ne veut pas d’une Laïcité qui défende la liberté de religion pour chacun, elle veut instaurer une police des consciences qui exclut, stigmatise, discrimine et opprime ceux qui sont non-conformes à la pensée dominante.
Cette loi empêche la diversité de la société de se manifester dans la diversité des Elus de l’Etat
-Cette loi veut imposer une Laïcité discriminatoire qui exclue au lieu d’unifier, qui sépare au lieu de rassembler, qui stigmatise la diversité de notre canton au lieu de la chérir et de s’en féliciter. Cette loi veut imposer un concept violent de la Laïcité « à la française » alors même que l’on connait tous les dégâts qu’elle a fait souffrir au peuple de France et à ses minorités. Le canton de Genève ferait mieux de s’inspirer d’un concept de Laïcité qui inclue toutes et tous tels qu’au Canada, aux États-Unis, ou en Grande-Bretagne. Et si Genève veut s’inspirer de la France, alors qu’elle s’inspire de ses grands penseurs qui ont défendu une Laïcité démocratique, une laïcité qui inclue et non pas cette « Laïcité déformée et corrompue » qui justifie l’exclusion, la discrimination et la xénophobie. La Genève Internationale, où siège le Conseil des droits de l'homme des Nations unies, vaut mieux que cela !
-Cette loi attaque directement les droits des femmes, en particulier celle de confessions musulmanes. Par exemple, elle prive les femmes portant un voile ou une croix chrétienne d’une partie de leurs droits politiques en les obligeant à choisir entre leur identité et leur travail. Ceci exclut ces femmes de l’accès au travail dans le secteur public.
Une loi totalement arbitraire
-La définition des « signes religieux » soumis à la loi sera arbitraire et risque de conduire à un fichage de la religion des fonctionnaires.
-Article 3.5 : Cette loi restreint la liberté religieuse des croyants à Genève. Les fonctionnaires doivent s’abstenir « de signaler leur appartenance religieuse par des propos ou des signes extérieurs » lorsqu’ils sont en contact avec le public. Ceci contredit le droit de croyance, la liberté d’expression, la liberté de pratiquer sa religion. Par ailleurs, la formulation de l’article est totalement floue ce qui laisse toute sorte de dérive possible : Un employé ne peut plus demander une pause pour prier ni demander un congé pour une fête religieuse car ce serait « signaler son appartenance religieuse » ? Comment différencier une femme portant un « voile religieux » d’une femme choisissant de porter un voile suite à une chimiothérapie ? C’est une porte ouverte à l’arbitraire, à la discrimination et à beaucoup d’absurdités. Avec une telle loi, est-ce qu’un fonctionnaire de confession juive sera libre de choisir sa coupe de cheveux puisque certains pourraient prétendre que ses papillotes sur les côtés sont des « signes religieux ». Va-t-on instaurer une « police des barbes et des cheveux » à Genève pour contrôler que toutes les barbes sont bien « réglementaires » et « laïque » ?! Quelles sortes d’autres absurdités va-t-on permettre avec cette aberration que certains osent appeler une « loi » !
Une loi discriminatoire
-Plusieurs articles de cette loi contredisent la Convention européenne des droits de l’Homme (CEDH, art. 9, al. 1) ratifiée par la Suisse en 1974. Cette loi liberticide et discriminatoire, est indigne de l’esprit de la Genève internationale, centre d’accueil de nombreux organismes de défenses des droits de l’Homme et dépositaire de nombreuses conventions internationales relatives au respect des droits fondamentaux de la personne. Cette loi souille l’image de Genève et salit la réputation internationale des Genevois et de toute la Suisse en matière de droits de l’Homme !
-Cette loi viole et bafoue l’égalité citoyenne en imposant des interdits particuliers à certains citoyens mais pas à d’autres. C’est le comble de l’hypocrisie pour un Etat qui se voudrait impartial et complétement neutre face à la religion (ou non) de ses citoyens et employés. Les femmes sont en particulier pénalisées.
Conclusion
Cette loi discriminatoire est en totale violation des droits les plus fondamentaux de l’être humain. Plus dangereux encore, elle nous rappelle les étapes par lesquelles passe une société avant de s’en prendre violement à l’une de ses minorités. D’abord, elle détruit l’image de la minorité dans le conscient et l’inconscient collectif, puis elle l’exclue de la société civile par des lois discriminatoires et diverses autres méthodes et enfin elle l’opprime violemment et sans aucune merci. L’Histoire de l’oppression des peuples est là pour témoigner et montrer au monde ce qui se déroule quand les gens de bien ne font rien. Le mal et l’oppression triomphe quand des gens de bien font le choix complice de la passivité ou refusent de s’opposer à l’Injustice évidente de leur époque. Aujourd’hui l’injustice, c’est cette loi. Il est de notre devoir de nous y opposer en votant NON à cette loi lors de la votation du 10 Février 2019.