10:34 - September 21, 2019
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À Mayotte, la plus vieille mosquée de France encore en activité est en pleine rénovation. Les travaux, financés à hauteur de deux millions d'euros, doivent s'achever fin 2020.
La plus vieille mosquée de France, à Mayotte, fait peau neuve. Faux plafond dégradé, infiltrations en saison de pluies, fissures, corrosion des éléments métalliques, moisissures dues à l'humidité et à la poussière : l'ancienne salle de la mosquée de Tsingoni est en pleine rénovation.
 
À Tsingoni, ancienne capitale royale au centre de l'île de Mayotte, des fidèles à l'instar d'Abdillahi Salim continuent pourtant de faire leurs cinq prières quotidiennes dans cette salle aux murs blancs et bleu ciel. "C'est là que mon père et mon grand-père priaient. Je ne me vois pas prier ailleurs", insiste l'homme âgé d'une soixantaine d'années.
 
Badirou Abdou, la cinquantaine et élu de la commune, est plus à l'aise dans la nouvelle salle construite en 2004 à l'étage, où s'étalent des tapis rouges. "L'humidité, la poussière, le manque de ventilation, je ne supporte pas, j'ai développé des allergies. Et j'ai encore la forme pour monter les escaliers."
 
Un programme de rénovation estimé à deux millions d'euros, conduit par la mairie et soutenu par l'État, est en cours pour cette mosquée classée aux Monuments historiques de France depuis 2016. Elle est la plus ancienne en activité en France. À Mayotte, département français de l'Océan indien, la majorité de la population (95%) est musulmane.
 
Une contemporaine de Notre-Dame-de-Paris
 
"Les inscriptions à côté du mihrab attribuent la construction de cette mosquée en 1538 au sultan Insa. À part le côté ouest, l'architecture est restée la même depuis cette époque", explique Ambass Ridjali, directeur du service culturel de la commune de Tsingoni.
 
Mais "les fouilles de l'Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives) en vue de sa rénovation ont révélé une occupation du site dès le XIIIe siècle et l'existence d'un lieu de culte datant du XIVe, ce qui en fait une contemporaine de Notre-Dame-de-Paris", s'enthousiasme-t-il.
 
En ce moment, le bruit des marteaux-piqueurs se conjugue avec celui des pas des ouvriers sur les échafaudages placés autour du minaret. Ces derniers repeignent cette partie de la mosquée construite en 1994 et classée aux Monuments historiques en 2017. Le bulbe en cuivre, sur lequel repose un croissant de lune et une étoile, a été installé à la fin du mois d'août. Il remplace un dôme en béton qui se craquelait et risquait de s'effondrer. La fin des travaux est estimée pour fin 2020.
 
C'est au début des années 1980 que les Tsingoniens ont pris conscience de l'architecture exceptionnelle qui a conduit au classement de la mosquée aux Monuments historiques.
 
Corail et palétuvier
 
"Son plan est spécifique, différent de celui des mosquées arabes. De plus, la présence de tombes autour de la mosquée, et donc à l'intérieur de la ville, marque une influence swahilie (zone côtière de l'Afrique de l'Est, du Kenya au Mozambique). Les tombes sont généralement installées à l'extérieur des villes arabes", explique Violaine Bressand, ingénieure chargée du patrimoine à la Direction des affaires culturelles de Mayotte.
 
"Il est également important de souligner que les constructions en dur sont assez rares à cette époque et réservées aux bâtiments à forte connotation sociale et symbolique. Le corail, ressource locale, a été employé pour la maçonnerie, ainsi que du bois de palétuvier pour les poutres, provenant de la proche mangrove", précise-t-elle.
 
Les Tsingoniens, pour leur part, commencent à voir les retombées du classement de leur mosquée. "Il y a de plus en plus de visiteurs. Un public scolaire, mais aussi des touristes. Cela participe au développement économique de notre territoire tout en sauvegardant l'aspect historique de la mosquée", affirme Ambass Ridjali. Une histoire qu'il racontera notamment lors des Journées européennes du patrimoine qui se tiennent ce week-end.
 
Avec AFP
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