Nouveaux heurts en Inde dans la mobilisation contre la loi sur la citoyenneté

0:22 - December 21, 2019
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Huit manifestants ont été tués depuis jeudi, portant le bilan à quatorze morts depuis le début du mouvement de contestation, qui mobilise fortement la minorité musulmane.
De nouveaux affrontements ont éclaté, vendredi 20 décembre, en Inde, entre la police et des manifestants, mobilisés contre une nouvelle loi sur la citoyenneté du pouvoir nationaliste hindou qui facilite l’attribution de la citoyenneté indienne aux réfugiés d’Afghanistan, du Pakistan et du Bangladesh, mais pas à ceux de confession musulmane. Ses opposants la jugent discriminatoire et contraire à la Constitution indienne.
 
Après le décès de huit manifestants tués par balle, lors des manifestations de jeudi et de vendredi, le bilan de la mobilisation, commencée la semaine dernière, s’établit à quatorze morts selon le dernier bilan communiqué par les autorités. Elle constitue l’un des plus grands défis pour le premier ministre Narendra Modi et les nationalistes hindous depuis leur arrivée au pouvoir, en 2014.
 
Malgré les interdictions de rassemblement, près de 1 200 arrestations dans la journée de jeudi et les violences enregistrées, la mobilisation se poursuit. Vendredi matin, de nouveaux affrontements se sont produits à Lucknow, la capitale du grand Etat de l’Uttar Pradesh (nord). Chargeant à coups de bâtons et de gaz lacrymogènes, la police a stoppé quelques centaines de personnes en route pour aller manifester.
 
Citoyens de seconde zone
Dans la capitale, New Delhi, la situation était tendue dans le quartier à majorité musulmane d’Old Delhi, selon des journalistes de l’Agence France-Presse (AFP) sur place. Près de 5 000 personnes se sont rassemblées malgré l’interdiction des autorités à la sortie de la prière de la grande mosquée Jama Masjid, sous le regard de policiers antiémeute présents en nombre. Portant un drapeau indien long de 30 mètres, les manifestants ont scandé « Liberté ! Liberté ! ».
 
Des interdictions de rassemblements et des coupures de l’Internet mobile touchent une grande partie de ce pays de 1,3 milliard d’habitants. D’importants dispositifs sécuritaires sont déployés aux abords de nombreuses mosquées, par crainte de troubles à la sortie de la grande prière musulmane du vendredi.
 
La nouvelle loi ne concerne pas directement les Indiens de confession musulmane, mais a cristallisé les peurs et colères de cette minorité après cinq ans de gouvernement Modi. Ces derniers, qui représentent 14 % de la population (près de 200 millions de personnes), sont la cible régulière du gouvernement. Les nationalistes hindous veulent en faire des citoyens de seconde zone, privés de droits.
 
Tirs à balles réelles
Jeudi, un manifestant a succombé à des blessures par balles à Lucknow, a rapporté à l’AFP un docteur qui a souhaité garder l’anonymat pour des raisons professionnelles. La police locale a démenti avoir ouvert le feu, mais le père de la victime a déclaré au quotidien Times of India que son fils avait été abattu après s’être retrouvé dans une foule de manifestants lorsqu’il est sorti faire une course. Seize policiers ont pour leur part été blessés dans la ville.
 
Les forces de l’ordre ont également tiré à balles réelles jeudi dans la ville de Mangalore (sud) pour disperser un attroupement d’environ 200 personnes, tuant deux manifestants, a communiqué le porte-parole de la police, Qadir Shah. Quatre autres protestataires sont hospitalisés pour des blessures par balles.
 
« Ils marchaient vers le quartier le plus affairé de Mangalore. Cela a mené à une charge aux bâtons. Ensuite des gaz lacrymogènes ont été lancés. Mais vu que les manifestants ne s’arrêtaient toujours pas, la police a dû ouvrir le feu », a déclaré le responsable policier.
 
Dans un éditorial particulièrement critique du gouvernement, le quotidien The Indian Express l’a appelé à faire tout son possible pour « préserver la paix » dans le pays, invoquant notamment les dommages causés à sa réputation sur la scène internationale.
 
« La démocratie la plus peuplée du monde ne peut pas apparaître incapable d’accepter sa jeunesse en désaccord, elle n’a pas les moyens de laisser paraître qu’elle est si mal dans sa peau », écrit le journal. « L’Inde risque beaucoup si elle commence à être perçue comme un endroit où les dissidents doivent avoir peur », prévient l’éditorial.
lemonde
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