8:40 - March 31, 2021
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Téhéran(IQNA)-Une mission sur la formation des enseignants à la laïcité a été confiée par le ministre de l'Éducation nationale à l'universitaire Jean-Pierre Obin. Un sujet complexe à aborder, éclairé par Frédéric Orobon, enseignant agrégé de philosophie à l’Inspé de Dijon (site de Nevers).

Une mission sur la formation des enseignants à la laïcité a été confiée par le ministre de l'Éducation nationale à l'universitaire Jean-Pierre Obin. Complexité de cet enseignement, questionnements des étudiants, "faute politique" de la loi de 2004... : éclairage sur le sujet avec Frédéric Orobon, enseignant agrégé de philosophie à l’Inspé de Dijon (site de Nevers), responsable du diplôme universitaire laïcité.

 

L’enseignement de la laïcité fait partie, semble-t-il, des sujets les plus complexes à aborder. Comment l’expliquer ?
C’est plus complexe parce que, dans la laïcité à la française, il y a une tension entre deux choses. D’un côté, la liberté de conscience, la liberté de culte. De l’autre, une école laïque, qui se pose comme obligation d’émanciper l’esprit par la raison. Dans ce contexte, c’est parfois inconfortable, parce qu’on est sur cette espèce de tension. Il n’est pas toujours facile de faire comprendre que l’émancipation de l’esprit par la raison n’implique pas nécessairement le rejet de la religion.

 

Observez-vous, parmi les étudiants qui préparent le concours d'enseignant, des questionnements nouveaux ?
Oui, je me suis rendu de compte de cela il y a une dizaine d’années déjà, où je me suis dit qu’il y avait rupture de génération. Voici un exemple : je présente la laïcité (le régime de liberté, la liberté de conscience, la liberté de culte, bref, toutes les notions qu’elle recouvre), quand un étudiant lève la main pour me dire que la laïcité, ce n’est pas cela. La laïcité, pour lui, c’est surtout quelque chose de "tourné contre les musulmans". D’ailleurs, me dit-il : "Regardez la loi de 2004."

On est à un tournant. Il est aujourd’hui nécessaire de préciser les choses. Car, ce que cet étudiant voulait dire, c’est qu’avec la loi de mars 2004 (qui interdit aux élèves des signes par lesquels ils manifestent ostensiblement leur appartenance religieuse), on a loupé quelque chose. La laïcité a été utilisée comme prétexte pour interdire ce qui relève du religieux, alors que la loi est fondée sur un principe d’ordre public – pour éviter qu’il y ait des conflits dans les écoles. Conséquence : aujourd’hui, il n’est pas facile de faire comprendre aux étudiants que la laïcité, c’est un principe de liberté.

 

Un sondage, récent, de l’Ifop, réalisé pour la Licra, dit que les lycéens sont majoritairement favorables au port de signes religieux ostensibles à l’école. Que vous inspire ce sondage ?
Cela ne m’a pas étonné. Je crois qu’on a eu tort de présenter la laïcité comme un principe d’interdictions. Avoir justifié la loi de 2004 par le principe de laïcité, à mon sens, cela a été une maladresse politique majeure. Il aurait été bien plus simple et bien plus juste de justifier la loi par la nécessité de maintenir l’ordre dans les établissements plutôt que par le principe de laïcité. Ça a été une faute politique dont on paie le prix aujourd’hui.

 

Le ministre de l'Éducation nationale a confié à Jean-Pierre Obin une mission sur la formation des enseignants à la laïcité. Comment avez-vous accueilli cette annonce ?
Jean-Pierre Obin est l’auteur d’un rapport qui date de 2004. Il a précédé l'adoption de loi de mars 2004. C'est un rapport qui m'a toujours laissé perplexe. Jean-Pierre Obin compile beaucoup d'anecdotes, mais il ne fournit pas un travail qui brille par sa rigueur. Sa nomination, pour conduire une mission sur l'application des principes de laïcité à l'école, me laisse donc un peu sceptique. J'ai peur que tout cela ne fasse qu'avaliser une certaine vision de la laïcité : un empilement d'interdits.

lejdec

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