4:40 - April 18, 2021
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Téhéran(IQNA)-Protection ou discrimination ? Un amendement au projet de loi « séparatisme » voté par le Sénat la semaine dernière vise à interdire le port du voile dans les compétitions sportives. Une décision qui risque d’exclure encore davantage les filles musulmanes de la pratique du sport en France.
« Le port de signes religieux ostensibles est interdit pour la participation aux événements sportifs et aux compétitions sportives organisés par les fédérations sportives et les associations affiliées.» Cette phrase, rajoutée au projet de loi confortant le respect des principes de la République et de lutte contre le séparatisme par la Chambre haute française, sonnera-t-elle le glas de la compétition sportive pour les jeunes musulmanes porteuses du hijab ?
 
C’est en tout cas ce que craint Faduma Olow, chroniqueuse au quotidien britannique The Telegraph. Si l’interdiction du port du voile est justifiée comme une mesure visant à avancer les droits des femmes, elle aura bien l’effet contraire, avertit-elle, fustigeant que « grâce à la nouvelle loi française, des filles à travers le pays seront encore davantage exclues de toutes les pratiques sportives. »
 
« La France croit qu’elle libère les femmes musulmanes d’une vie d’oppression », poursuit Mme Olow. « Mais ce complexe d’infériorité dont on assume que les musulmanes souffrent est absurde, injurieux et le contraire total à leur autonomisation. » Porter le voile serait non une obligation religieuse, mais un choix, soutient-elle – un choix que les politiques français prendraient à la place des filles et femmes concernées. « Obliger les femmes à porter certains vêtements est un abus de pouvoir », affirme-t-elle – mais essayer de « réguler le corps des femmes » en leur interdisant le port de certains habits le serait aussi.
 
Interdire le port du voile, un pas en arrière pour les athlètes musulmanes
 
Dans le monde du sport, ce serait justement l’autorisation du port du hijab qui faciliterait, en partie, une meilleure émancipation des femmes musulmanes en leur permettant de réconcilier la pratique du sport avec leurs convictions personnelles, explique Faduma Olow.
 
À l’exemple de l’escrimeuse américaine Ibtihaj Muhammad qui, en 2016, était la première Américaine musulmane à participer (et remporter une médaille) aux jeux olympiques en portant un voile. Lors de la journée mondiale du hijab, le 1er février dernier, elle avait salué sur Twitter les « athlètes portant le hijab qui brisent des barrières et réalisent leur plein potentiel à travers le sport ». En 2019, la Britannique Khadijah Mellah est à son tour devenue la première jockey portant un hijab à gagner une course de chevaux dans le pays.
 
Côté football, la Fédération internationale de football (FIFA) a autorisé le port du voile pour les footballeuses musulmanes en 2014. Mais en France, la Fédération française de football (FFF) continue d’interdire le port du hijab aux sportives en prônant le principe de la laïcité – et restant ainsi « le seul organisme international à exclure les femmes portant le hijab de la pratique de ce sport », regrette Faduma Olow.
 
Une interdiction contre laquelle des footballeuses françaises se sont révoltées l’an dernier en créant le collectif « Les Hijabeuses », soulignant que « laïcité n’est pas intolérance » et réclamant « le foot pour toutes ». « Est-ce que je dois choisir entre mes convictions religieuses et le droit de pratiquer mon sport ? », demande l’une d’entre elles dans une vidéo diffusée sur YouTube. « Personne nous a obligées à porter notre voile, personne ne nous obligera à l’enlever », a fait savoir une militante de l’Alliance citoyenne, association qui appuie le groupe, à EURACTIV en réaction au vote du Sénat. L’interdiction de la FFF serait une pratique « discriminante, intolérante et injuste » qui priverait « des centaines de personnes de la pratique de leur sport favori en compétition », déplore le collectif.
 
Or, le durcissement voulu par le Sénat français – qualifié d’islamophobe par Ibtihaj Muhammad – ne risque que d’aggraver la situation : « Des filles seront exclues et leur participation dans le sport – déjà en désavantage majeur par rapport aux garçons musulmans – va souffrir de ce règlement », avertit Faduma Olow. « Le message est clair », poursuit-elle, « les musulmans sont bienvenus, mais leur visibilité ne l’est pas. Et encore une fois, ce sont les femmes qui seront le plus touchées. »

euractiv

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