8:35 - June 24, 2021
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Téhéran(IQNA)-Dans les années 1970, l'Arabie saoudite a haussé le ton contre le Maroc, le menaçant de rupture des relations diplomatiques si le tournage du film «Al Rissala / Le Message» s’y poursuivrait. Hassan II décide alors que de suspendre le tournage de l'œuvre, qui rencontrera, plus tard, un franc succès.
Après avoir enregistré un succès aux Etats-Unis en produisant le film d'horreur «Halloween», le réalisateur syro-américain Moustapha Akkad s’est intéressé à la biographie du Prophète Mohammed. Son idée, présentée aux producteurs d'Hollywood est applaudie mais finalement refusée, car le film devait présenter le personnage principal sans pour autant montrer son image. Une première difficulté qui n’empêchera pas le réalisateur de poursuivre son périple à Alep, à la recherche de fonds pour son film.
 
Akkad finit par recevoir des promesses de financement pour le film du Maroc, du Koweït et de la Libye. Il se rendra même en Arabie saoudite afin de rencontrer des oulémas pour les convaincre de son idée, connaissant leur grande influence sur les musulmans et dans le monde arabe.
 
Le niet des oulémas et la bénédiction de Hassan II
 
Mais le réalisateur quadragénaire à l’époque se retrouve dans l’impasse. Non seulement les oulémas ont déclaré l’interdiction de l'incarnation des compagnons du prophète, mais il ont également élargi cette interdiction à la…cinématographie. Face à son argument selon lequel le septième art a de nombreux avantages, les oulémas de Ryad lui suggèrent de «remplacer le bande sonore avec des versets du Saint Coran». Après cette rencontre, Moustapha Akkad était sûr qu'ils ne soutiendraient pas son idée.
 
Après l'opposition du clergé en Arabie saoudite au projet cinématographique, le Koweït s'est retiré du financement, craignant la réaction de Ryad. A Al-Azhar Al-Sharif en Egypte, les oulémas lui font également part de leur avis, interdisant la représentation du Prophète, les membres de sa famille, ses compagnons et les califes. Au Liban, le Conseil du chiisme lui donne son accord, en maintenant l’interdiction de la représentation du Prophète et de ses compagnons.
 
 
Dans une interview à Al Jazeera, Zuhair Akkad, le frère du réalisateur, raconte qu'après avoir présenté l'idée à Hassan II, le souverain soutient l’idée. «C'est un film auquel je crois. Procédez à son tournage sans publicité et donc en secret», aurait-il confié. «Sa majesté était ouvert, compréhensif et coopératif», ajoute Zuhair Akkad.
 
Une affaire qui embarrassera le roi du Maroc
 
L’équipe, composée de cinéastes et de techniciens, se rend alors à Ouarzazate pour construire des répliques de la Kaaba et de la Mecque. Le tournage du film débute le 16 avril 1974.
 
«Nous avons tourné pendant six mois avant qu’une voiture royale viennent m'emmener. Le roi était gêné. J’avais attendu pendant qu'il marchait d'un endroit à l'autre. A la fin, il m'avait dit que nous devions arrêter de tourner le film», a confié Moustapha Akkad. En effet, après avoir appris le début du tournage du film, l'Arabie saoudite a fait de gros efforts pour l'arrêter. Une mobilisation qui s’ajoutera au besoin du Maroc du soutien de Ryad face à l'Algérie, grand soutien du Polisario. Le roi Hassan II a ainsi été contraint de se soumettre à la volonté de Riyad.
 
Zuhair Akkad précise que son frère a convenu avec le roi que le film soit arrêté «mais que Mustafa devrait accélérer le tournage, et au moins filmer les plans qui ont besoin de décor». L’Arabie saoudite, apprenant que le tournage se poursuit, dépêche son chef des renseignements généraux et conseiller spécial du roi Fayçal ben Abdelaziz Al Saoud, Kamal Adham, au Maroc. L’émissaire menace de boycotter le pays et de ne pas assister à l'organisation du Sommet de la Conférence islamique qui y était prévu.
 
Selon Zuhair Akkad, le roi Hassan II s'est adressé à Moustapha Akkad en lui disant : «Ne m'accablez pas de ce qui dépasse mes capacités. Le problème est devenu sérieux et je suis incapable de faire subir au Maroc le boycott par le royaume d'Arabie saoudite».
 
Une suite de tournage en Libye
 
L'équipe du film se rend alors en Libye et parvient à convaincre le colonel Mouammar Kadhafi de l'idée. Il aurait fallu des mois pour que le matériel soit transporté du Maroc vers la Libye par navires. L’équipe élira domicile dans les hauteurs de Benghazi, tandis que le film ne sera achevé qu'en mai 1977. Il est alors projeté pour la première fois dans un cinéma à Londres, avant de parvenir à d'autres pays occidentaux et laisser des échos positifs. Mais il restera interdit dans de nombreux pays arabes pendant des années.
 
 
Avec le changement de politique d'Arabie saoudite, l’avènement du roi Salmane et la nomination de son fils Mohammed en tant que prince héritier, le film a été autorisé à être projeté pour la première fois dans les cinémas du royaume wahhabite, en 2018, 42 ans après sa sortie.
 
Akkad avait réalisé deux versions du film, l'une en arabe, avec Abdellah Ghaith, Mona Wassef, Ahmed Marei, Mohammad Al-Arabi et Sana Jamil, et l'autre en anglais, avec Anthony Quinn.
 
Moustapha Akkad est décédé le 11 novembre 2005, à l'âge de 70 ans, des suites de blessures subies lors des attentats à la bombe visant des hôtels de la capitale jordanienne, Amman, qui ont fait une soixantaine de morts.
 
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