12:06 - September 21, 2021
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Téhéran(IQNA)-Cette année, la rentrée au collège confessionnel de Mazenod de Ngaoundéré, dans le nord du Cameroun a été émaillée d’incidents liés au refus par des élèves musulmans, d’arborer l’écusson de l’école. Le motif avancé est que celui-ci comporte une croix contraire à leur croyance.

En 2019, au Sénégal, à l’Institution Sainte Jeanne d’Arc, l’interdiction du port du voile avait suscité de fortes tensions qui avaient nécessité l’intervention du Vatican.

Deux affaires qui opposent des écoles catholiques à des élèves musulmans mais sont surtout le signe d’un repli identitaire inquiétant…

Les deux affaires éclatent, à deux ans d’intervalle dans deux pays différents, le Sénégal et le Cameroun. Mais elles interpellent dans la mesure où elles opposent des élèves musulmans et leurs parents à des institutions fondées par des congrégations religieuses catholiques.

La première date de 2019 et se situe au Sénégal, pays dont 95 % de la population est musulmane mais où l’Église catholique, réputée pour son savoir-faire dans le domaine éducatif, détient de très nombreuses écoles primaires et secondaires de formation professionnelle et même une université. Cette année-là, l’Institution Sainte Jeanne d’arc de Dakar (Isja) qui appartient aux religieuses de la congrégation des sœurs Saint-Joseph de Cluny interdit le port du voile. S’ensuit une violente polémique opposant les partisans de l’institut à ses détracteurs. En première ligne, l’organisation islamique Jamra mais également Serigne Mbaye Sy Mansour, guide spirituel des tidianes – confrérie musulmane soufie dont se réclament 49 % des 95 % de musulmans sénégalais, qui avaient demandé à l’État de se saisir de l’affaire.

Finalement, le contentieux, qui commençait à ébranler ce pays connu pour la coexistence pacifique en chrétiens et musulmans, avait été réglé après des négociations entre le ministère de tutelle et les autorités de l’enseignement catholique au Sénégal, suite à une intervention du Vatican. « La nonciature apostolique au Sénégal, suivant l’invitation du pape François au dialogue interreligieux et à la cohésion sociale, a contacté directement la supérieure générale des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, la congrégation responsable de l’école citée, pour que celle-ci demande à ses consœurs à Dakar de faire le possible pour parvenir à un compromis et trouver une solution à une situation complexe », avait informé le bureau de presse du Saint-Siège.

Affaire Mazenod
La polémique qui secoue depuis début septembre 2021, le collège Mazenod de Ngaoundéré, dans le nord du Cameroun, n’est pas moins violente. Mahmoud Ali, imam de la Grande mosquée de Ngaoundéré, une zone majoritairement musulmane demande aux musulmans de boycotter le collège catholique Mazenod. Pour lui, le port de l’écusson de cette institution -dont l’un des signes de l’emblème est une croix- n’est pas conforme à la foi islamique. Les autorités du collège confessionnel campent aussi sur leur position. Le ministère de l’administration territoriale ainsi que les autorités coutumières ont été obligés d’intervenir pour faire asseoir les deux parties autour d’une table de négociation. Le différend ne semble pourtant pas tout à fait levé puisque le ministère a annoncé que les musulmans ne seraient plus obligés d’arborer l’écusson tandis que l’évêque des lieux maintient que cet insigne reste obligatoire pour ceux qui veulent étudier dans cette structure.

Repli identitaire et manipulation par les réseaux sociaux
Ces deux histoires, dans deux pays différents, révèlent un continent où le repli identitaire gagne du terrain. « Les premières générations de chrétiens et musulmans africains comprenaient l’identité religieuse d’une manière qui intégrait positivement la différence, les jeunes générations ont tendance à voir l’intégration de ces différences comme un manque d’authenticité, un manque de fidélité au message non édulcorée de l’islam ou du christianisme », analyse le père Norbert Litoing, jésuite, chercheur en étude comparée des religions à Harvard. Ce repli identitaire est facilité par les réseaux sociaux. Ceux-ci ont été le canal qui a porté les deux polémiques et opposant chrétiens et musulmans par des messages propagandistes et dangereux des deux côtés. Comme le souligne le pape François dans Fratelli Tutti, « La violence fondamentaliste est parfois déclenchée, dans certains groupes de l’une ou l’autre religion, par l’imprudence de leurs responsables » (284).

En outre, « les écoles confessionnelles catholiques doivent maintenant faire face à une concurrence des écoles franco-arabes de haut standing avec lesquelles elles doivent partager le marché de l’éducation. De tels antagonismes profitent, de fait à ces structures qui sont plus récentes », fait remarquer un spécialiste camerounais de l’éducation.

Par ailleurs, pour ces deux affaires, la question identitaire, religieuse, selon certains observateurs, n’est que le côté visible de l’iceberg. Elle est probablement instrumentalisée pour installer une fracture entre deux communautés avec une finalité politique bien plus complexe.

la-croix

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