
Selon le site alarabinuk.com, cette absence de cadre clair, selon des responsables communautaires, envoie un « message négatif » aux communautés musulmanes, laissant entendre que leur sécurité n’est pas une priorité pour le gouvernement britannique.
Shahida Góhar, présidente du réseau des femmes musulmanes d’origine indienne et membre de la Chambre des lords, a tiré cette sonnette d’alarme. Elle faisait partie d’un groupe spécial mis en place en 2025 par le gouvernement pour élaborer une définition de ce qui constitue un comportement inacceptable, un préjugé ou une discrimination envers les musulmans au Royaume-Uni.
Selon des informations divulguées, une proposition avait été soumise en octobre dernier, offrant une définition non contraignante de l’« islamophobie », visant à l’aligner sur le droit existant sans entrer en contradiction avec lui.
Cette question intervient alors que des données officielles révèlent une augmentation notable des crimes haineux visant les musulmans. Entre mars 2024 et mars 2025, les incidents signalés en Angleterre et au pays de Galles ont grimpé d’environ 20 %, passant de 2690 à 3199 cas, selon ces statistiques. Cette hausse alarme les défenseurs des droits et les membres de la communauté musulmane, qui se sentent de plus en plus vulnérables.
Parallèlement, un rapport intitulé « La crise du sentiment d’appartenance » met en lumière une détérioration significative de l’optimisme des musulmans britanniques quant à leur avenir dans le pays. Seulement 8,2 % des sondés expriment une vision positive de leur avenir, tandis que 62,7 % se disent pessimistes. Le sentiment d’appartenance à la société britannique a également chuté à 51,9 %, contre 93 % il y a dix ans.
Les participants à l’étude ont pointé plusieurs facteurs contribuant à cette évolution, notamment la montée des discours anti-islamiques, un climat politique de plus en plus hostile et des inquiétudes croissantes concernant la sécurité de l’emploi.
Pourtant, l’idée d’adopter une définition officielle de l’islamophobie a rencontré une résistance. La Commission pour l’égalité et les droits humains a soutenu que les lois actuelles offrent déjà une protection adéquate contre la discrimination et les crimes haineux. Selon elle, l’introduction d’une définition supplémentaire non contraignante pourrait créer des incohérences ou des confusions dans l’application du droit existant.
Des think-tanks conservateurs ont également averti qu’une définition trop vague pourrait être utilisée pour restreindre la liberté d’expression ou limiter les critiques de certaines pratiques ou politiques religieuses.
Le droit à l’égalité de 2010 reconnaît l’islam comme une religion protégée, mais les musulmans ne sont pas classés en tant que groupe ethnique, ce qui limite certaines protections spécifiques. Shahida Góhar a souligné que la définition officielle de l’antisémitisme adoptée en 2016 n’avait pas suscité de telles oppositions, qualifiant la situation de « double standard ». Elle insiste que la définition proposée ne viserait pas à restreindre la liberté d’expression, mais à fournir des orientations aux forces de l’ordre et aux institutions pour mieux évaluer et encourager les signalements d’actes islamophobes.