L’Arbaïn, un projet de formation spirituelle et intellectuelle au service de l’humanité

8:25 - August 06, 2026
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IQNA-Pour un professeur irakien, l'Arbaïn constitue un projet de civilisation qui perpétue son message de justice, de refus de l’oppression et de défense de la dignité humaine.

L’Arbaïn, un projet de formation spirituelle et intellectuelle au service de l’humanitéÀ l’occasion de l’Arbaïn, le plus grand rassemblement religieux annuel au monde, le cheikh Haïdar Al-Shammari, enseignant à l’Université Imam Sadeq (AS), professeur au séminaire de Nadjaf et président du Centre d’études stratégiques « Taj Al-Hadara », a accordé un entretien à IQNA. Il y présente l’Arbaïn non seulement comme un pèlerinage en mémoire de l’Imam Hussein (AS), mais aussi comme un véritable projet de civilisation fondé sur les valeurs du Coran, de la justice, de la solidarité et de la dignité humaine. Selon lui, cette marche contribue à former des individus plus conscients, renforce les liens entre les peuples et offre au monde une image authentique de l’islam fondée sur la miséricorde, le service et la paix.

Quelle est la philosophie et l’importance du pèlerinage de l’Arbaïn ?

Pour le cheikh Al-Shammari, l’Arbaïn représente le plus grand rassemblement volontaire de l’humanité. Ce pèlerinage dépasse le simple souvenir historique du martyre de l’Imam Hussein (AS). Il constitue un projet de civilisation qui perpétue son message de justice, de refus de l’oppression et de défense de la dignité humaine. Il traduit également un attachement profond aux Ahl al-Bayt (AS) et transforme les valeurs de fidélité, de sacrifice et de service en comportements concrets. Sur le plan social, il favorise la solidarité et le bénévolat, tandis que sur le plan culturel, il contribue à préserver la mémoire collective des peuples.

Quelles sont les principales recommandations éthiques et spirituelles destinées aux pèlerins ?

L’universitaire souligne que l’Arbaïn est avant tout une école de morale. Il invite les pèlerins à accomplir leur voyage avec une intention sincère, à multiplier le rappel de Dieu, la lecture du Coran et les invocations. Il insiste également sur l’importance de la patience, du respect des autres, de la ponctualité dans les prières, de la propreté des lieux et du respect des biens publics. Le service rendu aux autres pèlerins est présenté comme une forme majeure d’adoration. Selon lui, le véritable succès du pèlerinage se mesure aux changements positifs que le croyant manifeste une fois rentré dans sa vie quotidienne.

Quelle est l’importance des stations coraniques installées le long du parcours ?

Le cheikh considère les stations coraniques comme l’une des plus grandes réussites culturelles de l’Arbaïn. Elles transforment le chemin du pèlerinage en une véritable université à ciel ouvert où les fidèles peuvent apprendre la récitation correcte du Coran, les règles du tajwid ainsi que les fondements de la jurisprudence islamique. Il rappelle que le mouvement de l’Imam Hussein (AS) est profondément enraciné dans les enseignements coraniques. Ces initiatives démontrent que l’Arbaïn ne se limite pas à une immense manifestation populaire, mais qu’il constitue un espace d’éducation intellectuelle et spirituelle accessible à des millions de personnes.

Quel rôle joue l’Arbaïn dans le rapprochement entre les écoles de pensée islamiques ?

Selon le professeur irakien, l’Imam Hussein (AS) est une personnalité respectée par l’ensemble des musulmans. L’Arbaïn favorise ainsi le rassemblement autour de valeurs communes telles que la justice, la dignité humaine, la liberté et la lutte contre l’injustice. La présence de pèlerins issus de nombreux pays et de différentes écoles de pensée crée un climat propice au dialogue, à la connaissance mutuelle et à la disparition de nombreux préjugés alimentés par les conflits politiques ou les discours extrémistes.

Quel est le principal message de cette grande marche et quel est son impact culturel et social ?

Le cheikh estime que l’Arbaïn prouve que des valeurs morales peuvent mobiliser des millions de personnes sans contrainte ni intérêt matériel. Des fidèles parcourent des centaines de kilomètres à pied, tandis que des millions d’autres leur offrent gratuitement nourriture, hébergement et assistance. Ce phénomène illustre un islam fondé sur la miséricorde, la solidarité et le respect de la dignité humaine. Il encourage également la culture du bénévolat, de la responsabilité sociale et de l’entraide, tout en contribuant à corriger certaines perceptions négatives de l’islam dans l’opinion publique internationale.

Comment la participation de fidèles d’autres religions favorise-t-elle le dialogue interreligieux ?

Le professeur souligne que les valeurs défendues par l’Imam Hussein (AS), comme la justice, la liberté et le refus de l’oppression, sont universelles. Lorsque des chrétiens, des sabéens mandéens ou d’autres croyants participent au service des pèlerins, ils démontrent que la coopération est possible au-delà des différences religieuses. Pour lui, le véritable dialogue entre les religions ne commence pas dans les débats théoriques, mais dans les actions concrètes accomplies ensemble au service de l’être humain.

L’Arbaïn peut-il être considéré comme une forme de diplomatie populaire en faveur de la paix ?

Le cheikh Al-Shammari répond par l’affirmative. Selon lui, les millions de participants venus de dizaines de pays deviennent des ambassadeurs de leur expérience une fois rentrés chez eux. Ils transmettent une image vécue de l’Irak, de l’islam et de l’école des Ahl al-Bayt (AS), bien différente des récits médiatiques ou politiques. Cette expérience favorise la création de liens de confiance entre les peuples et fait de l’Arbaïn un message mondial de paix fondé sur la justice, la compassion et le respect mutuel.

En quoi les moukebs offrent-ils un modèle inédit de solidarité sociale ?

Enfin, le responsable irakien considère les moukebs comme l’une des expressions les plus remarquables de la solidarité contemporaine. Leur fonctionnement repose entièrement sur le bénévolat et le service désintéressé, sans distinction de nationalité, de religion ou d’appartenance confessionnelle. Chacun est accueilli en tant qu’être humain. Ce modèle renforce la citoyenneté morale et montre que les différences ne constituent pas un obstacle à la coopération pour le bien commun. Selon lui, cette expérience mérite d’être étudiée par les institutions sociales et humanitaires du monde entier, car elle offre un exemple concret de coexistence, d’altruisme et de confiance mutuelle, des valeurs dont notre époque a particulièrement besoin.

 

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