OCI : Le monde musulman réfléchit aux moyens de lutter contre l'islamophobie

17:19 - June 22, 2006
Code de l'info: 1485991
Service international: Longtemps leur préoccupation se résuma au conflit israélo-palestinien, à la guerre en Irak ou à la place de l'Islam dans le monde. Mais réunis à Bakou, les pays musulmans planchent désormais et jusqu'à mercredi sur un thème au moins aussi polémique: l'islamophobie.

Selon le rapport de l'Agence iranienne de presse coranique (IQNA) citant (IINA), dans la foulée de la crise des caricatures du prophète Mahomet, l'Organisation de la Conférence islamique (OCI) a voulu prendre la mesure d'un phénomène qui, affirme son secrétaire général Ekmeleddin Ihsanoglu, "se développe en Europe main dans la main avec la montée en puissance de tendances politiques racistes d'extrême-droite".

Selon un document interne que l'AFP s'est procuré et soumis à l'approbation des pays de l'OCI à la réunion de Bakou, "le phénomène (de l'islamophobie) s'est répandu dans les sphères d'importance de l'information, l'éducation et l'art, qui sont des terreaux fertiles pour la dissémination d'une hostilité ouverte à l'égard de l'Islam".

Le chef de l'OCI y décrit une "peur pathologique" de la religion musulmane basée sur des "cas d'ignorance totale de l'Islam" relayés dans l'opinion public en Occident sur fond de "rivalités entre Islam et Chrétienté" depuis l'expansion de la foi musulmane au VIIe siècle.

Fustigeant tour à tour les "intellectuels" qui prophétisent sur l'"inévitable choc des civilisations" et le passif "colonialiste" de plusieurs pays occidentaux, le secrétaire général s'inquiète de la "montée des extrêmes-droites en Europe".

Dans le Gouloustan, une salle de conférence en forme de bunker qui mouille les bords de la mer Caspienne, l'"islamophobie" est revenue comme un leitmotiv dans les discours des intervenants.

Le président azerbaïdjanais Ilham Aliev a donné le ton dès l'ouverture en critiquant "les pays (qui) ont Notre religion est de plus en plus attaquée et dénigrée", a renchéri un membre de la délégation sénégalaise, affirmant que "les ennemis de l'Islam sont toujours présents".

De son côté, le chef de la diplomatie yéménite Aboubaker Al Quirbi a appelé les pays musulmans à "se défendre contre ces attaques" et à "montrer la vraie nature de l'Islam: la tolérance".
Mais conscient qu'après le 11 septembre, le distinguo est désormais très mince aux yeux de l'opinion publique et des gouvernements occidentaux entre indépendantistes (palestiniens, tchétchènes, etc.) et terroristes, plusieurs pays de l'OCI aimeraient qu'une définition claire du "terroriste" soit établie.

"On ne doit pas faire d'amalgame entre le terrorisme que nous condamnons et le droit des peuples à disposer d'eux mêmes", a ainsi estimé un responsable de la délégation libanaise.

Pour endiguer l'islamophobie, le secrétaire général de l'OCI a proposé aux pays membres d'adopter une série de mesures: mobilisation des ONG musulmanes travaillant en Europe et renforcement de la coopération avec le Conseil de l'Europe et l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).


Parallèlement, il insiste sur la nécessité d'une "nouvelle stratégie média" pour montrer la "vraie image de l'Islam".
Et estimant que les médias occidentaux ont "joué un rôle majeur dans la formation d'une mauvaise perception de l'Islam et des musulmans en Europe", il souhaite la diffusion de programmes télévisés ciblant les opinions publiques des pays occidentaux.

Le secrétaire général prône également un dialogue accru avec les partis politiques, les décideurs et les ONG pour influer sur le contenu des programmes scolaires qui véhiculent, selon lui, une "image déformée" de l'Islam qui "passe de génération en génération".

Le secrétaire général n'a en revanche dans son document fait aucune mention de me
sures visant à développer dans les pays musulmans une meilleure compréhension des mentalités occidentales ou des rouages de la justice dans les pays européens ou aux Etats-Unis.

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