Draconnienne en théorie, cette censure, qui s'exerce essentiellement en période de crise, est souvent contournée dans les faits par des moyens de communication comme l'internet, le téléphone portable ou les télévisions satellitaires, américaines ou arabes notamment, qui permettent la libre diffusion des informations.
Tout citoyen israélien peut avoir de cette façon immédiatement accès aux informations qui n'ont pas encore été publiées dans son pays pour cause de censure militaire.
Ainsi dimanche, des chaînes étrangères, comme la télévision satellitaire arabe Al-Jazira, ont annoncé dès la fin de la matinée que 12 victimes d'un tir de roquettes du Hezbollah dans le nord du pays étaient bien des soldats israéliens, et non des civils.
L'information n'a été livrée qu'en fin de journée par les médias israéliens.
Depuis le début de la guerre au Liban, le 12 juillet, la censure militaire "filtre" les informations sur les opérations israéliennes et interdit la publication de celles qui touchent à la mort de soldats avant que les familles ne soient informées.
Le Bureau de presse gouvernemental à Jérusalem a remis des directives aux très nombreux médias présents dans le pays, israéliens et étrangers, sous le titre "règles de censure concernant les opérations terrestres au nord" d'Israël.
Mais ces mesures "relèvent plus du bon sens que de la censure à proprement parler", fait pourtant remarquer un porte-parole de l'armée.
Il est ainsi "strictement interdit" de mentionner les objectifs militaires en cours d'opération, de publier des informations sur le type de forces déployées, les mouvements de troupes, ou de dire où exactement sont tombées les roquettes que le Hezbollah tire quotidiennement sur le nord du pays, près de 3.000 au 27ème jour de guerre lundi.
Ces interdictions, expliquent les militaires, visent à empêcher la milice chiite d'ajuster ses tirs.
La publication d'informations sur la mort de soldats est également prohibée tant que la censure n'a pas donné son feu vert, l'armée tenant à d'abord informer les familles.
La censure a dans le passé sanctionné des journalistes étrangers, en confisquant leur carte de presse, voire en expulsant, notamment au début des années 90, ceux qui avaient révélé l'existence d'unités spéciales de l'armée opérant déguisées en Palestiniens.
Pendant la guerre du Golfe (1990-91), des journalistes avaient également été sanctionnés sur recommandation de la censure militaire, après avoir montré sur une carte de Tel Aviv les points d'impact de missiles Scud irakiens.
La censure interdit également la publication d'informations liées à l'arsenal nucléaire dont Israël est doté, selon des sources étrangères.
Mais en dehors des périodes de violences, la censure ne se manifeste quasiment pas, malgré un "bureau de la censure" dûment établi à Jérusalem et Tel Aviv.
Pour obtenir la carte de presse qui lui permettra de travailler en Israël, tout journaliste étranger arrivant dans le pays se voit invité à signer une déclaration par laquelle il s'engage à respecter des règles drastiques sur le papier.
"La censure militaire concerne exclusivement les informations en rapport avec la sécurité de l'Etat", précise la déclaration.
Le journaliste étranger s'engage à présenter à la censure deux copies de chacun de ses articles portant sur des questions de défense et de sécurité nationale.
Lorsqu'il quitte le pays, il doit soumettre au bureau de la censure les photographies, enregistrements et autres articles qu'il emporte et qui ont trait à la sécurité du pays.
Mais dans les faits, ces mesures ne sont quasiment jamais appliquées, les journalistes omettant de se présenter aux censeurs, ces derniers omettant de leur demander quoi que ce soit.
Source : AFP