Berlin (IQNA)- Le port du voile donne de l'assurance aux Turques en Allemagne

17:06 - September 17, 2006
Code de l'info: 1497602
Le port du foulard islamique par les femmes d'origine turque en Allemagne apparaît avant tout comme un moyen de gagner en assurance, selon une étude publiée cette semaine qui revient sur les raisons complexes du phénomène.
Cette étude, intitulée "Le dévoilement du voile" et présentée par la Fondation Konrad-Adenauer, proche de l'Union chrétienne-démocrate (CDU, conservateurs), a interrogé 315 femmes d'origine turque, âgées de 18 à 40 ans. Les femmes sélectionnées ont toutes déclaré avoir fait le libre choix de porter le voile.
L'étude souligne la diversité des opinions politiques, religieuses et sociétales de ces jeunes femmes voilées, pour "rompre le consensus de l'opinion publique selon lequel le port du foulard est simplement un signe d'oppression des femmes", a expliqué le secrétaire-général suppléant de la Fondation, Christoph Kannengiesser.
A la question "Pourquoi porte-t-on le voile?", 97% répondent qu'il s'agit d'une obligation religieuse pour toute musulmane. En même temps, 87% estiment que le foulard leur donne assurance et confiance en soi. 11% ne pratiquent la religion islamique que partiellement, ce qui tendrait à montrer que le port du voile peut être causé par des motivations autres que religieuses.
M. Kannengiesser précise que les femmes interrogées affirment n'avoir été soumises à aucune pression pour porter le voile et qu'il s'agit de leur propre décision.
Cependant, elles reconnaissent que, parmi les personnes ayant joué un rôle dans leur décision de se voiler, la mère joue un rôle décisif dans 40% des cas contre seulement 4% pour le père et 10% pour le mari.
L'étude montre aussi la corrélation entre la croyance religieuse et la mise en doute de l'égalité des êtres humains entre eux. Plus la conviction religieuse des femmes interrogées est forte, plus elles remettent en question l'égalité. Un tiers d'entre elles affirment en effet que les hommes ne sont pas égaux devant Dieu.
Une majorité écrasante (80%) pensent que les Turcs sont perçus en Allemagne comme des citoyens de deuxième classe. On note cependant une différence selon que les femmes d'origine turque interrogées disposent de la nationalité turque ou allemande. Le niveau d'éducation joue aussi un rôle important. Les femmes de nationalité allemande et ayant un haut niveau d'éducation utilisent par exemple beaucoup plus la langue allemande dans leur temps libre et ont plus d'amies allemandes.
Enfin, 71% des femmes se sentent plutôt ou très liées à la Turquie contre 43% à l'Allemagne. Selon M. Kannengiesser, ces résultats soulignent qu'une grande partie de la population turque "ne se sent pas chez elle" en Allemagne.
Frank Jessen, auteur de l'étude, rappelle qu'elle n'entend pas donner des conclusions définitives sur la situation de l'ensemble de la population musulmane turque féminine, le nombre de personnes interrogées étant trop faible, et les plus jeunes et les plus vieilles n'étant pas pris en compte.
Le porte du foulard a suscité un débat ces dernières années en Allemagne. Certains Etats régionaux ont changé leurs lois, d'autres sont en train de le faire, afin d'interdire de manière plus ou moins stricte les signes religieux à l'école. Ainsi, le Bade-Wurtemberg (sud-ouest) dirigé par les conservateurs a interdit aux enseignantes le port du voile à l'école en raison de l'ambiguïté de sa signification. Dans la nouvelle loi, il est défini comme un élément pouvant troubler "la paix dans un établissement et mettre en doute le devoir de neutralité de l'État".

Source: AFP
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