En Allemagne, la constitution garantit le droit d'établir des cours de religion dans les écoles, qui sont des "matières officielles". Le contenu de ces cours doit être déterminé "en concordance avec les principes des communautés religieuses". Les églises chrétiennes, par exemple, décident largement du contenu des cours de religion catholique et protestante.
Pour la communauté musulmane, l'absence d'une instance ayant autorité pour parler en son nom est un obstacle majeur pour l'établissement généralisé de cours de religion islamique. En effet, contrairement aux églises chrétiennes, avec entre autres la Conférence des évêques catholiques, il n'existe pas d'interlocuteur central pour les questions liées à l'islam.
Certains Etats régionaux (Länder), compétents pour les programmes scolaires, ont tout de même pris les devants et mis en place des projets-pilotes en Basse-Saxe ou des alternatives comme des cours de "sciences de l'islam" en Bavière et Rhénanie du nord-Westphalie.
En Basse-Saxe, les représentants des confessions sunnite, chiite et alévie ont été conviés à une table ronde autour du thème "Cours de religion islamique". Les représentants sunnites et chiites ont été chargés de mettre en place un cadre général pour les cours en suivant les indications du ministère de la Culture de Basse-Saxe. Pendant ce temps, les représentants alévis ont demandé que la participation à ces cours ne soit pas obligatoire pour les élèves musulmans. Les cours concernent pour l'instant 21 écoles primaires et 1.000 élèves.
Parallèlement, 120 écoles primaires de Rhénanie, du nord-Westphalie et 35 de Bavière ont mis en place des cours de "sciences de l'islam". Les organisations musulmanes ne participent cependant pas à la conception de ces cours, qui sont des cours informatifs sur l'islam et non des cours confessionnels.
Pour le Comité central des Musulmans (Zentralrat der Muslime, ZMD), l'une des associations représentatives de la communauté religieuse, la question de l'absence d'interlocuteur central "est très formaliste". Selon son porte-parole, Mounir Azzaoui, "la vraie raison" est un manque de confiance du monde politique allemand dans les organisations islamiques.
Pour M. Azzaoui, les cours de religion islamique à l'école pourraient aider à lutter contre le développement de tendances radicales chez les jeunes musulmans. Le ZMD plaide pour des cours en langue allemande et une formation du personnel enseignant responsable de ces cours dans des universités allemandes.
Martina Sauer, du Centre d'études turques de Duisbourg-Essen (ouest), s'exprime aussi en faveur des cours de religion islamique. Aujourd'hui, "l'alternative pour les parents est souvent d'envoyer leurs enfants suivre des cours dans les mosquées, où il est quasiment impossible de vérifier ou d'avoir de l'influence sur ce qui est enseigné", dit-elle. Pour Mme Sauer, qui se dit "optimiste", proposer des cours de religion islamique est un signe que l'islam est pris au sérieux en Allemagne.
Source: AFP