Londres (IQNA)- Le Gouvernement Britannique et les musulmans, Le devoir de cohérence

9:50 - June 06, 2007
Code de l'info: 1551422
une conférence sur « L’islam et les musulmans dans le monde » est organisée à Londres par le gouvernement britannique sous les auspices de l’université de Cambridge.
L’initiative se veut être le dernier acte politique du Premier Ministre Tony Blair à l’égard des musulmans britanniques sous la forme d’un message fondé sur l’ouverture, le dialogue et le respect. Au moment où Tony Blair fait son bilan, on peut saluer l’esprit de cette initiative mais il faut surtout se questionner sur le sens et l’efficacité d’une opération qui semble présenter les traits d’un exercice de rattrapage ou de pures relations publiques.
Car enfin, près de deux ans après les attentats de Londres, il faut effectivement faire le point sur les récents développements de la politique du gouvernement actuel vis-à-vis des citoyens britanniques de confession musulmane en particulier et des musulmans du monde en général.
La réaction des Britanniques, des Londoniens et parmi eux des musulmans, a été extraordinaire après les attentats du 7 juillet. Non seulement la condamnation des attentats terroristes a été quasi- unanime mais on a vu partout des organisations et des mosquées se mobiliser avec leurs concitoyens et des fidèles d’autres religions pour éviter les rejets mutuels, les fractures et les tentations xénophobes.
Ken Livingston le relevait quelques semaines après les événements : la réaction des Londoniens avait été exemplaire et prouvait que les citoyens britanniques de confession musulmane étaient bien intégrés à leur société contrairement aux apparences médiatiques qui focalisaient sur l’action de groupes groupusculaires agissant totalement en marge des communautés musulmanes. C’était sur la base de cette donnée visible et concrète qu’il aurait fallu établir des relations confiantes et sérieuses avec la communauté musulmane dans son ensemble.
Les autorités étaient en droit d’attendre un discours religieux clair sur la condamnation du terrorisme en même temps qu’une formulation plus explicite de l’acceptation du fait d’être britannique, de respecter les institutions du pays et d’exprimer un sens positif de l’appartenance de même qu’une réelle loyauté à la nation. A travers le pays, l’Europe et le monde, ce propos a été élaboré dit et répété et a même fait l’objet d’une forte déclaration à Istanbul (2 juillet 2006) lors d’une conférence pensée et promue par le Foreign Office. De son côté, il appartenait au gouvernement d’écouter les revendications de ses citoyens musulmans et d’essayer de diminuer au maximum les causes d’un ressentiment qui n’a cessé de s’approfondir et de miner ses relations avec un pan entier du peuple britannique.
Les réalités des discriminations à l’emploi, de la marginalisation sociale, du racisme contre les musulmans et l’état des écoles-ghettos - sur le plan intérieur - faisaient écho au refus de la guerre en Irak, à la demande de soutien aux Palestiniens et plus largement du rejet de l’alignement systématique sur les Etats-Unis -sur le plan international.
S’il paraissait normal de traiter de la question, il ne pouvait s’agir de réduire la totalité de la « question musulmane » à la question de la sécurité. Sans compter que cette démarche se doublait d’un discours réducteur - et souvent paternaliste - sur la question de la nécessaire « intégration » insistant sur le fait que les musulmans devaient « s’intégrer » en acceptant les valeurs britanniques (Etat de droit, liberté, tolérance, démocratie, etc.) fondant l’essence du « Britishness ».
Or, ce discours réducteur est dangereux pour deux raisons majeures : d’abord parce qu’il associe faussement le terrorisme à l’intégration alors que tous les protagonistes des attentats étaient grandement intégrés : ils étaient éduqués, travaillaient, étaient culturellement occidentalisés et se réunissaient dans des fitness. Ensuite ce discours normalise dans le débat social et politique d’aujourd’hui une équation que les partis d’extrême droite étaient seuls à proposer hier : les musulmans dans leur ensemble ont un problème avec les valeurs occidentales et modernes et doivent « prouver » plus clairement qu’ils les acceptent. Le 8 Decembre 2006, Tony Blair a ainsi appelé les minorités à se conformer « à nos valeurs essentielles » en comprenant qu’elles ont « un devoir d’intégration ».
Cette approche plus idéologique que scientifique a permis de promouvoir une politique strictement sécuritaire vis-à-vis de l’ensemble de la communauté musulmane devenue suspecte parce que perçue comme « mal intégrée ».
Tony Blair et son gouvernement ont imposé à tous leurs fonctionnaires de nier la réalité du lien entre le terrorisme et la politique étrangère de la Grande Bretagne. Si effectivement l’invasion de l’Irak ne doit jamais éthiquement justifier les attaques terroristes contre les innocents de Londres, il serait néanmoins complètement absurde de nier la réalité du lien politique existant entre ces deux phénomènes.
L’invasion illégale de l’Irak, le soutien aveugle à la politique suicidaire de Bush, le silence britannique sur l’oppression des Palestiniens... comment tout cela n’aurait-il aucune relation avec la rancœur et parfois la haine qui sont entretenues dans le monde musulman à l’égard de l’Occident en général et de la Grande Bretagne en particulier.

Source: Tariq Ramadan.com
captcha