Tout d’abord, difficile de trouver ce collège, situé en banlieue proche de la capitale, à Aubervilliers…
Dans une impasse, une cour … quelques adolescents et adolescentes discutent, rient et se chamaillent… je reconnais le collège où il y a déjà trois ans, j’avais eu le plaisir de rencontrer son directeur, qui à l’époque déjà nous parlait de ses difficultés à gérer la seule école privée musulmane de France…. Nous nous étions promis de le revoir … à plusieurs reprises nous nous étions rencontrés lors de colloques et séminaires où il était question de laïcité, de dialogue interreligieux… il m’avait promis de me présenter lors de ma prochaine visite à plusieurs enseignants et enseignantes entrés en Islam et qui avaient choisi d’enseigner à la réussite.
La cloche retentit ; c’est l’heure de la prière … nous sommes dans un établissement où se souvenir de Dieu est le principe majeur, contrairement aux établissements publics où vous devez comme aiment à le répéter le corps enseignant, vous devez laisser Dieu à la porte…ici, ce n’est pas le cas, au contraire, une ambiance majestueuse vous saisit …. Dieu est partout présent, dans l’appel à la prière, dans les calligraphies qui ornent les murs même du gymnase et surtout, dans le respect que se voue enseignants et élèves dans leurs relations…il est l’heure de prier…. Ensuite viendra le moment de rencontrer Adeline Aragon, ce professeur de littérature française qui a choisi d’embrasser l’Islam il y a deux ans à peine.
Toute habillée de marron et la tète couverte d’un voile beige clair, cette enseignante en impose par ses réflexions philosophiques devant un public jeune mais attentif …
Adeline accepte de nous témoigner de son expérience mais précise qu’elle préfère sans les caméras…et surtout parce que son témoignage peut aider certaines ou certains à se sortir de l’impasse:
Q : Pourquoi avez-vous choisi d’enseigner à l’école de la Réussite ?
Je suis agrégée en lettres, mais je ne me sentais pas très bien dans l’éducation nationale si bien que je souhaitais en sortir. Je suis venue au collège de « la réussite » tout à fait par hasard, si hasard il y a, du moins, c’est ce que Dieu a voulu. Mon mari avait entendu qu’il y avait un poste d’enseignante ici. Je suis donc professeur depuis la rentrée 2006.
Donc, au départ, c’est sans l’avoir vraiment choisi, mais aujourd’hui, j’en suis très satisfaite en raison de l’ambiance tout à fait différente de celle que j’avais connu dans l’éducation nationale :
Les élèves y sont épanouis, heureux et contents de vivre, et surtout il y règne une atmosphère bon enfant, sympathique.
En fait, mon entrée à la Réussite a coïncidé avec ma conversion, puisque je me suis convertie en septembre 2005 et j’ai continué durant un an dans l’éducation nationale…
Q : Comment et pourquoi avez-vous choisi d’entrer en Islam ?
R : Ma conversion s’est faite suite à la rencontre avec un musulman mais il y a eu des prémisses depuis longtemps. Ainsi, j’ai été en dépression pendant dix ans et j’ai connu de nombreuses étapes : j’ai été athée jusqu’à 25 ans, puis j’ai connu une crise et je me suis tournée vers l’astrologie et la réincarnation, donc je me suis tournée vers un univers avec d’autres références.
Au final, après un parcours qui ressemblait beaucoup à une dérive, je me suis retrouvée à Paris, (je viens de Toulouse) d’où je suis partie pour des raisons sentimentales tout à fait désastreuses, et à Paris, j’ai dégringolé en suivant une pente vertigineuse avec de mauvaises rencontres, des dépressions, et aussi la pauvreté car, bien qu’agrégée de lettres modernes, je n’arrivais pas à tenir dans un travail de prof, et j’ai donc connu la pauvreté.
L’ambiance de l’éducation nationale ne m’avait jamais satisfaite, mais le problème venait clairement de moi aussi, les deux peut-on dire…
J’avais beaucoup d’ambition et notamment, je voulais réaliser un rêve : devenir écrivain, et je n’en avais pas les moyens et je cherchais des solutions chez les astrologues, etc… et au final, je me suis tournée vers un stage de développement personnel qui m’a fait rencontrer une femme qui est devenue ma coach, un point tournant dans ma vie, car elle était une femme très dure, et très arrogante puisqu’elle m’a réduit en bouillie, moi qui étais déjà en décomposition avancée… et ce à tel point que moi qui n’ étais pas croyante, j’ai eu l’idée de faire appel à Dieu,
Il faut dire que j’étais arrivée à un tel point , ni argent, ni amis, ni perspective, je perdais même la raison, c’est-à-dire j’avais des moments de folie, et comme cette femme qui restait ma référence à laquelle je me raccrochais, prononçait quand même le nom de Dieu bien qu’elle se dise non croyante, le fait qu’elle prononce le nom de Dieu a été comme un signe pour moi… ainsi, un jour, on m’a donné une revue de l’église évangélique, et alors que je n’allais pas bien du tout, j’ai fait appel à Dieu chez moi et je suis allée à l’église évangélique et je lui ai demandé de m’aider, qu’il fasse une différence dans ma vie, que s’il avait un plan pour moi, qu’il le réalise car moi j’étais incapable de faire ma vie toute seule. J’étais en larmes et je demandais d’une manière sincère. J’étais arrivée au bout du rouleau. Et je ne m’étais jamais tournée vers Dieu.
Q : Vous voulez dire que vous étiez prête à tout, et même au suicide ?
R : Non, je n’ai jamais voulu me suicider mais j’avais essayé tous les recours que j’avais pu imaginer et j’ai pensé à ce recours après avoir lu des témoignages de personnes qui avaient été aidées par Dieu, dans ce magazine de l’église évangélique; je suis allée à l’église et j’ai demandé de tout mon cœur l’aide de Dieu et quand je suis sortie de l’Eglise, je me suis sentie vraiment. Je ne me suis jamais sentie aussi bien, évidemment cela n’a rien résolu dans ma vie, et deux semaines après, j’étais de nouveau dans le mémé état.
Mais cette fois, quand je suis sortie de chez moi, alors que j’étais vraiment désespérée et que je n’avais plus personne à qui me confier, ma coach m’ayant coupée de toutes mes amies, je voulais discuter avec n’importe qui. Je me suis dit je vais aller dans un cyber café, mais au lieu d’aller dans celui où j’avais coutume d’aller, je me suis dirigée vers la droite, dans un cyber café plus près encore de chez moi. Là j’ai rencontré un homme très beau, qui m’a posé des questions absolument bouleversantes: que cherches tu ?
C’était une bonne question, car je ne savais vraiment pas ce que je cherchais…
Est-ce que tu cherches la vérité ? me demande-t-il et j’ai trouvé que cette question aussi était bonne car je ne me l’étais jamais posée…et j’ai fini par dire que oui, je cherchais la vérité.
Il a commencé à parler avec moi, et nous nous sommes bien entendus… très vite, il m’a proposé le mariage …On s’est marié très rapidement, et il m’a présenté d’une manière très logique l’Islam Il m’a dit : tu vérifies, si c’est la vérité tu prends, si c’est faux tu jettes. J’ai trouvé que c’était logique… à partir de ce moment-là, j’ai lu les livres qu’il me prêtait, j’ai beaucoup discuté d’autant plus que étant très attachée à mes croyances il m’était difficile de m’en détacher, mais à un certain moment, il m’a fallu choisir, et notamment pour l’incarnation.
Peu à peu, j’ai compris que c’était des notions fausses, et quand tout est devenu clair pour moi, j’ai décidé de devenir musulmane.
Q : Vous avez dit qu’il y avait des signes avant coureurs ? Pouvez-vous expliquer ?
R : A la réflexion, je pense que je cherchais quelque chose depuis longtemps sans savoir ce que je cherchais et je souffrais sans savoir pourquoi je souffrais et on peut dire que l’Islam a donné les réponses à ces deux points.
Q : Et dans ce contexte là, vous avez eu à couper vos relations?
R : Effectivement, je n’avais plus déjà d’amis puisque j’avais été coupée de mes amies par le coach, et la seule qui restait n’a pas accepté que je porte le voile, mais mes parents n’ont pas été ravis évidemment et ont réagi d’une façon. C’est vrai que mon mari était sans papier, donc un contexte plus qu’inquiétant pour eux, et puis avec le temps, ils se sont aperçus qu’il était charmant et que tout se passait bien.
Q : Revenons à l’école la réussite, qu’en pensez vous ?
Je n’ai pas cherché à enseigner à la Réussite mais c’est une chance énorme dans la mesure que cela donne une liberté pédagogique qu’on n’a pas ailleurs, à l’école la Réussite, je peux faire ce qui me semble intéressant pour les élèves.
Q : Le port du voile qu’en pensez vous ? L’avez-vous porté facilement ?
Par rapport à mes parents, cela a été difficile, mais mon mari m’ayant expliqué que cela était important et ayant pu le vérifier, d’ailleurs, depuis le début, je trouvais cela assez naturel de mettre le voile, (j’ai même fait des cauchemars où je devais enlever le voile !!!) maintenant si je devais enlever le voile, je me sentirais nue !
Q : Que vous apporte le voile ?
Cela m’apporte une protection, cela me met dans mon petit monde à moi, en relation avec mon Dieu.
Q : Et vos parents comment ont-ils réagi lorsqu’ils vous ont vu avec le voile ?
R : Ma mère n’a pas supporté (il faut dire qu’elle est athée !)
Mes parents ne comprennent pas l’Islam, ils ne sont pas du tout intéressés.
Mon père est catholique mais sans véritable foi ni connaissance et ma mère est athée.
Q : Que vous apporte l’Islam ?
R : Je me suis retrouvée, récupérée. Je n’avais jamais été moi-même.
En fait, cela m’a redonné ce que j’avais avant, cela m’a fait redevenir ce que j’étais avant avec quelque chose de plus, et au niveau intellectuel, cela m’a donné une clarté inappréciable, je vois les choses clairement, surtout pour moi qui aime beaucoup réfléchir, c’est vraiment le plaisir de voir tout à la lumière.
Q : Vous aimez écrire, effectivement en plus de votre métier d’enseignante ?
Je croyais aimer écrire des romans, mais en fait, j’aime écrire des réflexions.
Je suis auto éditée sur lulu . com.
Et j’ai été édité aux Etats-Unis.
La cloche retentit, il faut reprendre le cours… nous laissons là Adeline Aragon qui doit retrouver ses élève...