Capital.fr : Les banques et le gouvernement s’intéressent de plus en plus à la finance islamique. Quel est aujourd’hui l’impact de ce mode de financement sur l’immobilier en France ?
Anass Patel : Cette finance se conforme à la sharia le droit islamique que doivent respecter les musulmans. L’intérêt, assimilé à l’usure, est interdit, mais les bénéfices sont autorisés. En d’autres termes, les banques ne font pas de prêts d’argent, mais proposent des contrats d’achats-ventes ou de crédit-bail à leurs clients. Dans l’immobilier : soit la banque achète le bien à un tiers pour le revendre par la suite à son client avec une marge ; soit elle acquiert le bien pour le louer à son client avec une option d’achat en fin de contrat.
Capital.fr : Peut-on aussi s’attendre à l’éclosion de nouvelles offres de financement immobilier pour les clients particuliers ?
Anass Patel : En France, plus de 500 000 personnes sont déjà intéressées par ce type de produits selon un récent sondage Ifop réalisé avec l’association Aidimm. Il y a donc un vrai potentiel. Plusieurs banques françaises ou européennes souhaiteront à coup sûr développer des offres conformes à la sharia pour le grand public. En Angleterre, ces produits existent déjà depuis cinq ans. Une banque comme l’Islamic Bank of Britain compte près de 50 000 clients particuliers.
Capital.fr : La finance islamique pourrait-elle aider à soutenir le marché de l’immobilier en France ?
Anass Patel : Clairement. Car elle peut représenter une alternative intéressante à un marché du crédit gelé qui mine aujourd’hui les transactions. Pour le banquier le risque est en effet moins élevé. Que l’on soit dans le système de l’achat-vente ou du crédit-bail, l’établissement financier est partie prenante de l’opération et reste même dans le second cas propriétaire du bien qu’il vend à l’acheteur. De toute évidence, ces mécanismes font qu’il est moins exposé aux éventuels défauts de paiement de l’acheteur. Ce mode de financement pourrait donc faciliter l’accès à la propriété et aider à soutenir les prix. Seul bémol : le crédit-bail immobilier reste encore interdit pour les particuliers. L’UMP a récemment évoqué l’idée de lever cette interdiction.
Source: capital.fr