Alors que la reconduction du programme l’an prochain semble probable, de nombreuses questions se bousculent quant au contenu et à la pertinence du projet. Firoz Ladak, directeur général de la fondation, et Gaëtan Baudry, un de ses collaborateurs, ont accepté de répondre aux questions de Saphirnews.
-Saphirnews : Qu’est-ce qui a poussé Ariane de Rothschild à créer un tel programme ? Quels sont ses objectifs ?
-Firoz Ladak : Un des objectifs est de promouvoir le dialogue interculturel et d’explorer les différentes voies possibles au dialogue entre les communautés musulmanes et juives et cela hors contexte du Moyen-Orient. Cela ne veut pas pour autant dire qu’on ignore le sujet parce qu’il fait partie de l’équation des relations entre ces deux communautés.
Pour ce programme, on s’intéresse particulièrement à la France, à la Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Ces communautés qui vivent dans ces pays connaissent effectivement des questions autour de l’intégration, de la définition de ce qu’est d’être, par exemple, un citoyen français et musulman ou français et juif.
-Pourquoi avoir choisi de se centrer seulement sur des jeunes de confessions juive et musulmane ?
-F. L. : Il y a clairement un besoin de dialogue et de rapprochement entre ces deux communautés. On a soutenu par le passé différentes initiatives consistant à les rassembler, comme celle qui consiste à rassembler des imams et des rabbins. À chaque projet réalisé, on procède à des évaluations. On a constaté que le fait religieux ne suffisait pas.
C’est la raison pour laquelle on parle de dialogue interculturel et non pas interreligieux. Ceux qui pourraient faciliter les relations et les contacts entre les deux communautés sont des personnes plus jeunes, moins liées par des considérations et des obligations propres à leur organisation représentative, des individus qui se définissent comme juifs ou musulmans de façon beaucoup plus culturelle que purement religieuse.
-Comment avez-vous sélectionné les participants ? Quels étaient leurs profils ?
-F. L. : Nous avons reçu plus de 200 candidatures pour une trentaine de places. Il est important de préciser qu’ils sont tous des entrepreneurs sociaux soit qui travaillent dans des organismes non lucratifs, soit qui ont lancé leur propre start-up. Ce sont des femmes et des hommes travaillant dans des domaines d’engagement social comme l’éducation, l’environnement ou la santé.
Qu’ils soient juifs ou musulmans, ils sont là avant tout pour améliorer leurs compétences en entrepreneuriat social. Ils passent par Columbia, l’une des plus prestigieuse business school au monde, qui leur enseigne comment améliorer leurs compétences en marketing, en stratégie ou en comptabilité.
Quant au volet dialogue, il a été assuré par l’université de Cambridge, qui a produit, durant ces semaines, à New York, un programme axé sur des sujets sociaux, historiques ou culturels qui pouvaient séparer ou unir ces communautés.
-Parleriez-vous d’un succès ? Quelles autres améliorations apporteriez-vous pour l’an prochain ?
-F. L. : On attend une évaluation complète du programme, qui va nous être fournie rapidement. Mais parler de succès est trop tôt. On en parlera quand il y aura un vrai réseau qui se sera développé avec les fellows, ce qui n’est pas encore le cas.
Néanmoins, on peut dire que le programme était très dense car il s’agissait de compacter, en deux semaines, la dimension business de Columbia avec la dimension sociale de Cambridge. Je pense que les participants avaient du mal à reprendre leur souffle. Si le programme est reconduit, on allégerait le programme et on laisserait plus de place aux ateliers. Tous étaient en demande de temps pour discuter entre eux, ce qui fait partie des principaux objectifs du programme.
Pour les Français, la difficulté était principalement linguistique. Tous ne parlaient pas bien l’anglais, même si on avait testé leur niveau de façon préalable. Ce programme demande aux participants une préparation en amont assez soutenue, ce qui est parfois difficile car certains des fellows étaient complètement occupés par leur travail. On envisage de mettre en place un atelier d’anglais deux mois avant le programme et d’étaler cette préparation dans le temps pour les Français.
-Quel message souhaitez-vous passer à travers ce programme ?
-F. L. : On aimerait contribuer, à notre modeste échelle, à combler un fossé. Ce n’est pas parce qu’on est juif ou musulman que l’on doit considérer l’autre comme un ennemi. L’autre point est d’utiliser l’entrepreneuriat social comme un vecteur de rapprochement. Les États ne peuvent répondre à tous les besoins ; c’est là que des fondations comme la nôtre ont un rôle à jouer.
Source: saphirnews