L'ouverture de l'exposition Et voilà, le voile musulman dévoilé au Canada

10:30 - May 18, 2013
Code de l'info: 2534686
Nicolet(IQNA)- L'exposition Et voilà, le voile musulman dévoilé a été inaugurée jeudi au Musée des religions du monde de Nicolet.
La toute nouvelle exposition du Musée des religions du monde de Nicolet portant le titre Et voilà, le voile musulman dévoilé a pris son envol jeudi.
Cette exposition est la suite d'un projet monté par l'anthropologue Andréanne Pâquet et présenté à Montréal l'an dernier. Il s'agissait d'une exposition de photos accompagnées des témoignages de femmes portant le voile. La version nicolétaine est plus élaborée, ajoutant aux témoignages d autres photos, objets et, surtout, de nouveaux textes.
«On s'est servi de la base de Ce qui nous voile pour aller plus loin, d'expliquer le directeur général du Musée, Jean-François Royal. Non seulement Andréanne a rédigé nos textes mais elle nous a donné accès à des spécialistes pour les relire et s'assurer de leur véracité. On ne couvre pas toute la question, mais ce qu'on aborde, on le fait correctement.»
«Dans le projet initial, dit Andréanne Pâquet, on ne parlait que du vécu de femmes musulmanes alors que là, on a ouvert en parlant du voile comme pratique sociale. On essaie de sortir des sentiers battus et d'ouvrir le regard. On veut enlever le voile qui n'est pas celui que portent certaines femmes mais celui que nous avons, nous, les non-musulmans, dans le regard qu'on porte sur elles. On veut essayer de balayer certaines généralisations outrancières, certains préjugés.»
«C'était primordial de montrer des femmes qui portent le voile parce qu'elles sont bien différentes de l'image qu'on nous montre habituellement. Même si ce n'est qu'une image, elle contribue à perpétuer des stéréotypes plus profonds selon lesquels ces femmes sont forcément soumises, violentées, etc.»
Jean-François Royal, vivait jeudi avec une évidente satisfaction, la concrétisation d'une grosse année de réflexion et de travail. «Le résultat final correspond exactement à ce qu'on voulait montrer: une image positive du port du voile. Parce que c'est une réalité qui existe et qui est trop souvent éludée.
«L'exposition est colorée, joyeuse, parce qu'on veut montrer cet aspect-là jamais montré dans les médias. Oui, ça existe des femmes voilées heureuses. Peut-on au moins en parler? Ça ne veut pas dire qu'on nie d'autres situations malheureuses, mais il existe des femmes pour qui le port du voile est un choix religieux personnel assumé et heureux.»
«On refuse les généralités qui disent que tous les musulmans sont des terroristes, que tous les chrétiens se crucifient à Pâques ou que tous les prêtres sont des pédophiles. On ne nie pas que ça existe, mais on veut aussi montrer l'autre côté, plus positif. Ainsi, peut-être qu'en voyant une femme voilée sur la rue, on ne se dira pas automatiquement qu'elle est battue mais que c'est peut-être un choix de sa part.»
Parmi les témoignages qu'on peut voir sur vidéo dans l'exposition, celui offert par Dalila Awada, une Montréalaise de 22 ans qui assume pleinement son port du voile, reste en mémoire.
«Je trouve qu'il y a un grand manque au niveau de l'information, soutient-elle. Le message que je voulais apporter, c'est qu'en étant musulmane, je peux aussi me sentir faire partie de la société québécoise. Souvent, on sépare les deux choses. Je suis née ici, je suis pleinement québécoise; j'ai les mêmes référents culturels que n'importe quelle autre jeune fille d'ici. Les gens pensent souvent qu'en étant musulmane, on est forcément hostile aux valeurs québécoises mais ce n'est pas le cas.»
«Ma décision de porter le voile tient d'un cheminement très complexe. Dans ma famille, à peu près la moitié des femmes ont décidé de porter le voile. Chacune le fait pour ses raisons propres. Je le porte depuis que j'ai treize ans mais je remets régulièrement en question ce choix-là. Oui, au départ, on me l'a enseigné, mais je veux que ce soit une décision qui m'appartient entièrement. J'ai des moments de doute et je suis en constante découverte du voile que je porte.»
«On veut simplement que les gens comprennent mieux ce phénomène et comprennent surtout qu'il y a des nuances, précise le directeur général. Pour ce qui est des objectifs de fréquentation, je n'en ai aucun parce que je n'ai aucune idée de comment les gens vont réagir. J'espère que le public sera curieux. Autant ça peut marcher si beaucoup de gens sont curieux, autant il se peut que des gens boycottent le musée parce qu'ils n'aiment pas le sujet. Notre mission, c'est de provoquer la réflexion et je pense que c'est ce qu'on fait.»
L'exposition sera présentée jusqu'à l'automne 2014 et on compte bien, au cours de cette période, y greffer des événements comme des conférences ou des débats mais sans doute pas avant la rentrée des classes de l'automne 2013.
Source: lapresse.ca
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