
Dans un centre, des jeunes épanouis en train d’étudier le chinois, des métiers du textile ou de l’alimentation… La télévision chinoise vient de diffuser des images des camps où sont enfermés des musulmans ouïghours. Elle y montre des étudiants apprenant le chinois, le sport ou la danse. Une campagne de communication orchestrée par la Chine suite aux accusations de l’ONU concernant l’existence de camps de rééducation pour les musulmans.
La Chine a donc finalement avoué la présence de ces sites sur son territoire, mais préfère parler de « centres de formation professionnelle » ou de « centres éducatifs », dont l’admission serait facultative. Selon l’AFP, le centre présenté la semaine dernière sur la chaîne publique CCTV est l’un des 181 établissements de ce type implantés au Xinjiang à partir de 2014, en réponse à la montée de l’islamisme et du terrorisme dans la région du Xinjiang, à majorité musulmane.
Mais une enquête de l’agence de presse française, sur plus de 1.500 documents publics consultables en ligne (appels d’offres, budgets, rapports de travail), révèle que ces centres sont gérés davantage comme des prisons que comme des écoles.
2 768 matraques, 1 367 paires de menottes et 2 792 pulvérisateurs de gaz poivre
Pour preuve, l’administration chargée du centre où on été tournées les images, situé dans la ville de Hotan, a passé commande en début d’année de 2 768 matraques, 1 367 paires de menottes et 2 792 pulvérisateurs de gaz poivre.
Des milliers de gardiens équipés de gaz lacrymogènes, de gourdins et de pistolets à impulsion électrique doivent également surveiller ces établissements entourés de barbelés et de caméras infrarouges.
Au moins un centre aurait passé commande d’une « chaise-tigre », une sorte de pupitre permettant d’attacher les pieds et les mains des suspects, selon les documents.
Les centres doivent « enseigner comme des écoles, être gérés comme à l’armée et défendus comme des prisons », résume l’un des documents, citant le chef du Parti communiste chinois (PCC) au Xinjiang, Chen Quanguo.
Ces établissements se sont d’ailleurs multipliés depuis l’année dernière, suite aux directives du gouvernement régional, qui souhaite « débusquer les extrémistes ».
Une liste de 25 comportements religieux suspects et de 75 signes d’extrémisme a été établie. Parmi eux figurent le fait d’arrêter de fumer ou bien d’acheter une tente « sans raison valable ».
La Chine met en place des « mesures extraordinaires »
Des fonctionnaires ont aussi reçu l’ordre de rendre visite régulièrement aux familles des « stagiaires » afin de propager une éducation « anti-extrémisme ». Ils sont chargés également de dépister d’éventuels signes de colère avant qu’ils ne se transforment en opposition au Parti communiste chinois.
D’après une directive de fin 2017, les étudiants devront subir régulièrement des tests de chinois et de politique et rédiger des autocritiques. Ils passeront leur journée « à crier des slogans, chanter des chants révolutionnaires et apprendre par coeur le Classique des trois caractères », un texte d’enseignement confucéen, selon cette directive, qui évoque le totalitarisme de l’époque maoïste (1949-1976).
L’objectif : en faire de ‘meilleurs citoyens’. Ces centres doivent ainsi permettre de « couper le renouvellement des générations (de terroristes), leurs racines, leurs contacts, leurs ressources ».
Des « mesures extraordinaires » pour venir à bout du terrorisme qui sont nécessaires, est-il même indiqué dans un autre texte.
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