
Les extraits qu'elle cite dans son rapport sont sans équivoque quant à la préméditation de l'exécution, commandée à une « équipe » spécialement arrivée de Riyad à l'aube du 2 octobre à bord d'un jet privé.
« Cette enquête […] a démontré qu'il y a suffisamment de preuves crédibles concernant la responsabilité du prince héritier qui exige une enquête supplémentaire. Compte tenu des preuves crédibles concernant les responsabilités du prince héritier dans son assassinat, les sanctions actuelles devraient également inclure le prince héritier et ses biens personnels à l'étranger », relève-t-elle dans son rapport final transmis mercredi aux médias.
Selon l’Agence iranienne de presse coranique (Iqna), le rapport des Nations Unies, présenté par Agnès Callamard, prouve non seulement que des responsables saoudiens ont participé à la planification et à l'exécution de ce meurtre au plus haut niveau, mais explique également la manière qu’ils avaient choisie pour cacher cet assassinat à la communauté internationale.
Voici les dix points présentés dans le rapport d’Agnès Callamard :
1 - Muhammad bin Salman est responsable de cet assassinat et doit être jugé
Le rapport conclut que ce crime a été entièrement planifié et mis en œuvre par les plus hauts responsables du gouvernement, en particulier bin Salman.
2- Les autorités saoudiennes lui avaient menti
Après son arrivée au consulat saoudien à Istanbul, les autorités saoudiennes lui avaient dit que la police internationale avait émis son ordre d'extradition en Arabie saoudite et lui ont suggéré d'informer son fils par SMS afin que sa disparition paraisse naturelle.
3- Ils lui ont donné des calmants et l’ont étranglé
Après qu’on lui ai proposé d’envoyer un sms à son fils, d’après les enregistrements clandestinement par la Turquie au consulat, Khashaghchi qui se méfiait remarque une serviette. « Vous allez me droguer ? », demande-t-il. « Nous allons vous anesthésier ». Les autorités turques ont déclaré qu’il avait été étranglé avec un sachet en plastic
4- Des discussions sur la façon de démembrer le corps du journaliste ont eu lieu avant son arrivée au consulat d'Arabie Saoudite à Istanbul
Selon les enregistrements du consulat entendus par Callamard, avant l’arrivée de Khashaghchi, deux Saoudiens parlaient au sujet du découpage du cadavre.
5- Le meurtre de Khashaghchi a été perpétré secrètement
Le 1er octobre 2018, les représentants saoudiens du consulat avaient expliqué les détails du meurtre qui devait avoir lieu le lendemain et qu’un agent saoudien devait venir au consulat, et que les employés non saoudiens ne travailleraient pas ce jour-là ou seraient en congé dans l’après-midi.
6- Le plan de l’assassinat a été préparé dès le 28 septembre 2018
Khashaghchi s'est présentée au consulat le 28 septembre pour obtenir un certificat de célibat avant son mariage avec Khadija Changiz. Les responsables lui ont dit de revenir le 2 octobre 2018. La veille du 2 octobre, le consul général d'Arabie saoudite, Mohammed al-Atibi, avait déclaré à un membre du consulat que le chef de l'Agence de sécurité nationale saoudienne l'avait contacté et lui avait confié une mission.
7- Les États-Unis et la Turquie n'étaient probablement pas au courant du meurtre Selon le droit international, les États-Unis et la Turquie étaient tenus de protéger Khashaghchi et ont été accusés de ne pas avoir protégé ce ressortissant. Selon le rapport, il était peu probable que ces deux pays soient au courant de l'incident à ce moment-là, mais une enquête plus approfondie devra être ouverte à ce sujet.
8- Il faut mettre un terme aux poursuites pénales du pouvoir judiciaire saoudien
Le rapport indique qu’en raison du non-respect du droit international, les sanctions imposées par les autorités saoudiennes doivent être suspendues.
9- Certains pays peuvent être coupables de ne pas avoir fait respecter la justice
Callamard a déclaré que l’Arabie saoudite avait invité des membres du Conseil de sécurité des Nations Unies à entendre certains détails à condition de ne pas révéler le contenu de la réunion, et qu’accepter cette condition signifiait que les opinions de ces membres ne pouvaient pas être utilisées dans l’enquête, ce qui affectait l’application de la justice.
10- Le monde doit boycotter bin Salman
Callamard a déclaré que les sanctions actuelles contre certains responsables saoudiens étaient insuffisantes et a proposé des sanctions à l’encontre de Ben salman et de ses biens jusqu'à ce que l'affaire soit clarifiée.
11- Un porte-parole du département d’Etat qui a réclamé l’anonymat, a déclaré que ce rapport à l’Agence de presse anatolienne, du délégué spécial de l’ONU, sur le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashaghchi, était à l’étude.
Un porte-parole du département d'Etat américain a déclaré que les États-Unis soutenaient Agnès Callamard et qu’ils étaient déterminés à traduire en justice tous les responsables.