7:47 - January 15, 2020
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L'ancien professeur au Collège de France et membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres Jean Delumeau est décédé ce lundi 13 janvier, à l'âge de 96 ans. Éminent historien des religions, spécialiste du christianisme, il avait notamment consacré trois livres à l'histoire du paradis.
Il expliquait avoir reçu “la foi en héritage” tout en portant “un regard critique sur la religion”, suivi par “le doute comme [son] ombre” : le grand historien des religions Jean Delumeau est décédé au matin du lundi 13 janvier à l’âge de 96 ans, ce dont a fait part sa famille au journal La Croix.
 
Titulaire de la chaire d’histoire des mentalités religieuses de l’Occident moderne au Collège de France, l’historien Jean Delumeau avait analysé les mécanismes de ce qu’il appelait la “pastorale de la peur”, concept au moyen duquel il décrivait la façon dont l’Eglise catholique dominait les âmes en insistant sur les aspects inquiétants du christianisme (l’enfer, le jugement, les sacrilèges) à des fins de conversion, et qui a dominé dans l’Église catholique du Moyen Âge jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.
 
Un historien des religions œcuménique
Né en 1923 à Nantes dans un milieu chrétien modeste, Jean Delumeau se tourne rapidement vers les études. Après avoir fréquenté l’Institut Fénelon à Grasse, puis les lycées Masséna à Nice et Thiers à Marseille, il quitte le Midi pour poursuivre sa scolarité à Paris, préparant à Henri-IV le concours de l’École normale supérieure, qu’il réussit en 1943. 
 
Agrégé d’histoire, il est nommé professeur au lycée de Rennes puis, à partir de 1957, il enseigne l'histoire à l'École polytechnique, à l'université de Rennes II et à l'université de Paris I.  Jean Delumeau s’inscrit alors dans la voie tracée par Fernand Braudel et Ernest Labrousse, choisissant pour ses deux thèses de doctorat des chantiers d’histoire économique et sociale : sur “Rome dans la seconde moitié du XVe siècle” (1957-1959), puis, sur la longue durée, “L’Alun de Rome XVe-XIXe siècle” (1962).
 
Dans les années 1960, Jean Delumeau réoriente sa recherche sur le champ religieux, mêlant études anthropologiques et histoire religieuse, avec la publication de deux ouvrages majeurs dans leur domaine : Naissance et affirmation de la Réforme (1965), puis Le Catholicisme entre Luther et Voltaire (1971). 
 
En 1975, Jean Delumeau est nommé au Collège de France où il occupera pendant près de vingt ans la chaire d'“Histoire des mentalités religieuses dans l'Occident moderne”. Comme le souligne  Philippe-Jean Catinchi dans Le Monde, l’historien choisit de ne pas mentionner “religions” mais “mentalités religieuses”, “en fidélité à Lucien Febvre et Robert Mandrou – pour comprendre la mutation spirituelle de l’Occident chrétien, du temps de la peur à celui de l’espérance.” 
 
Ce n'est pas parce qu'on est chrétien que l'on doit donner la bénédiction a tout ce qu'a fait le christianisme dans l'Histoire. Jean Delumeau, La Fabrique de l'histoire, 2013
 
En dehors des cercles universitaires, le grand public le découvre en 1977, avec son ouvrage Le Christianisme doit-il mourir ? (Hachette, 1977), qui obtient le Grand prix catholique de littérature. Parmi ses autres travaux majeurs, on compte La Peur en Occident XIVe-XVIIIe siècle (Fayard, 1978), Histoire vécue du peuple chrétien (1980) ou encore Une histoire du paradis (1992-2000), en trois tomes.
 
Éclairer la peur du péché dans le christianisme
L’œuvre de Jean Delumeau est dominée par deux sujets : le sentiment de peur et la quête d'espérance de  nos ancêtres européens. En 1983, il hésite à publier son livre le plus conséquent, Le Péché et la peur, craignant d'éditer des documents qui donnent l'image noire d'un christianisme culpabilisant. Le livre sera un succès de librairie, et agira de façon quasiment "thérapeutique" dans l'esprit de beaucoup de  chrétiens, clercs et laïcs, qui avaient été élevés dans un climat de peur de Dieu. Dans son triptyque intitulé Une Histoire du Paradis, il montre comment on est passé de la nostalgie du jardin d'Eden à l'espérance d'un nouveau paradis terrestre et comment cette espérance s'est laïcisée pour donner naissance à la notion moderne de progrès. 
 
En 2013, Jean Delumeau était l'invité de La Fabrique de l'histoire sur France Culture. Il s'entretenait avec Emmanuel Laurentin à l'occasion de la parution de son recueil De la peur à l’espérance (éd. Robert Laffont), évoquant notamment sa vision du travail de l'historien :
 
Chez les historiens, je crois qu'on ne peut pas détacher leur travail sur l'Histoire de la conjoncture dans laquelle ils écrivent. Pour moi,  c'est particulièrement vrai. La problématique christianisation-déchristianisation est le fil conducteur pour comprendre tout ce que j'ai écrit. A partir du moment où on comprend ce fil conducteur, on comprend mieux la suite de ce que j'ai écrit. Jean Delumeau
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