8:10 - October 29, 2020
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Téhéran(IQNA)-L'appel du muezzin a retenti pour la première fois mercredi pour la prière du soir à la grande mosquée d'Alger, la troisième plus vaste au monde et la plus monumentale d'Afrique, un an et demi après la fin de sa construction sur fond de polémique.
A la veille de la fête du Mawlid, la naissance du prophète de l'islam Mahomet, la grande salle de prière pouvant accueillir jusqu'à 120.000 fidèles a été officiellement inaugurée par le Premier ministre Abdelmadjid Djerad et de membres du gouvernement.
 
M. Djerad a remplacé au pied levé le président Abdelmadjid Tebboune, transféré mercredi soir en Allemagne pour des "examens médicaux approfondis" après des cas de Covid-19 dans son entourage, selon un communiqué officiel.
 
Une cérémonie plus importante est prévue à une date indéterminée sous la présidence de M. Tebboune pour marquer l'inauguration de la mosquée.
 
"Djamaâ El Djazaïr" ("La mosquée d'Alger"), à l'architecture géométrique et qui s'étend sur 27,75 hectares, ne le cède en gigantisme qu'à la mosquée Al-Haram à La Mecque et à celle du Prophète à Médine, les deux principaux lieux saints de l'islam, en Arabie saoudite.
 
Son minaret, qui surplombe la célèbre baie d'Alger, est le plus haut du monde: il culmine à 267 mètres, soit 43 étages desservis par des ascenseurs panoramiques.
 
L'intérieur, au style andalou, est orné de six kilomètres de calligraphies, de matériaux nobles (bois, marbre, albâtre) et de tapis de prière bleu turquoise aux motifs floraux.
 
Ses concepteurs vantent son "identité algérienne".
 
- "Contre les radicalismes" -
 
Lors d'une récente visite, M. Tebboune avait demandé au ministre des Affaires religieuses de mettre en place "une instance scientifique de haut rang" pour l'encadrer.
 
Nourrissant l'ambition d'être un haut lieu théologique, culturel et scientifique, la mosquée dispose de douze bâtiments indépendants, dont une bibliothèque qui devrait abriter un million de livres.
 
Y officient cinq imams et cinq muezzins, précise à l'AFP le professeur Kamel Chekkat, membre de l'Association des oulémas musulmans algériens. La grande mosquée aura pour tâche de "réguler et d'harmoniser les fatwas (avis juridiques) avec la vie en Algérie".
 
"L'idée est que la grande mosquée soit un lieu où seront combattus tous les radicalismes, religieux et laïcs. Les extrémistes sont les mêmes partout. Il y a des gens sérieux qui sont conscients des problèmes actuels -radicalisation, vision obsolète de la religion- qui se posent tant dans nos pays qu'en Occident."
 
Un groupe d'études et de recherches pluridisciplinaires, constitué de scientifiques, travaillera sur le texte coranique et "son adéquation avec l'époque et surtout avec la science", précise-t-il.
 
- "Accéder au paradis" -
 
Méga-projet emblématique du président déchu Abdelaziz Bouteflika, chassé du pouvoir par la rue en avril 2019, la grande mosquée aura suscité une vive polémique en Algérie.
 
Son chantier d'abord, achevé fin avril 2019 après plus de sept ans de travaux, et la compagnie chargée de la construction, le géant du BTP China State Construction Engineering (CSCEC) qui a fait venir ses ouvriers de Chine.
 
Son coût ensuite: officiellement plus de 750 millions d'euros, largement plus que prévu, à la charge des contribuables algériens.
 
Saïd Benmehdi, un septuagénaire dont les deux enfants sont au chômage, est amer. Il aurait préféré que "l'Etat construise des usines et fasse travailler les jeunes" d'autant qu'"il y a une mosquée presque dans chaque quartier".
 
Pour le sociologue Belakhdar Mezouar, le monument "n'a pas été construit pour le peuple".
 
Il est l'"oeuvre d'un homme (Abdelaziz Bouteflika, NDLR) qui voulait rivaliser avec le voisin marocain, rendre son nom éternel et présenter cette réalisation dans son CV, afin d'accéder au paradis le jour du Jugement", dit-il, résumant l'opinion générale.
 
Enfin, sa taille et sa place dans le paysage urbain algérois font débat.
 
Pour Nadir Djermoune, enseignant en urbanisme, la grande mosquée est "mal située car isolée des besoins réels de la ville en termes d'infrastructures". Il critique "le choix ostentatoire" pour de grands projets au moment où l'Algérie a besoin de nouveaux équipements sanitaires, scolaires, sportifs ou ludiques.
 
Seul crédit à ses yeux, la conception résolument moderniste du monument qui "servira de modèle pour les futurs projets architecturaux".
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