
Depuis l’attentat antisémite à Sydney, survenu le 14 décembre, les musulmans d’Australie font face à une hausse des actes islamophobes. La communauté craint des « représailles » et une « punition collective ».
L’acte haineux en a engendré d’autres. Après l’attentat antisémite sur la plage de Bondi à Sydney, le 14 décembre dernier, la communauté musulmane d’Australie est confrontée à une montée de violence à son encontre, relate le média ABC. Les journalistes écrivent « avoir pris connaissance de courriels et de rapports documentant une force augmentation des actes d’islamophobie, de vandalisme et de menaces contre les mosquées et les organisations islamiques » depuis cette date.
Le recteur de la Grande mosquée de Paris, Chems-eddine Hafiz, a appelé ce lundi 15 septembre à un « sursaut face à la musulmanophobie ».
Le conseil national des imams australiens a enregistré une augmentation de près de 200 % des incidents anti-musulmans. Au moins neuf mosquées et centres islamiques ont déploré des actes de vandalismes ou des graves incidents de sécurité ayant entraîné l’intervention de la police. « Les personnes qui appellent font état d’une escalade des insultes, de commentaires menaçants en ligne, d’une peur accrue pour leur sécurité personnelle et d’une anxiété grandissante quant à une possible aggravation de la situation dans les jours et les semaines à venir », dénonce le conseil.
+ 740 % de signalements d’attaques islamophobes
Selon l’Islamophobia Register Australia, organisation indépendante à but non lucratif, les signalements d’attaques islamophobes sont passés d’une à deux en moyenne par jour à environ 18, soit + 740 %. La plupart concernent des crachats, insultes, agressions et menaces à l’encontre de femmes musulmanes, précise une chronique parue dans The Guardian. Le Conseil islamique du Victoria a dû désactiver les commentaires sur les réseaux sociaux à cause du nombre « exponentiel » de messages et mails haineux.
Des attaques « horribles », réagit Christ Minns, premier ministre de Nouvelle-Galles du Sud, qui « tient à préciser que le racisme ne sera pas toléré ». « Nous sommes en état d’alerte maximale et la police est absolument vigilante face à tout discours haineux au sein de notre communauté », poursuit-il. « Les bons Australiens (sic) ne devraient jamais être tenus responsables des actes d’autrui simplement en raison de leurs origines ou de leurs croyances », abonde Tony Burke, ministre de l’Intérieur.
Le 28 avril, quelques jours après la mort d’un jeune musulman tué dans une mosquée, dans le Gard, 350 personnes s’étaient réunies à Lille pour dénoncer la haine. Au premier semestre 2025, les actes anti-musulmans ont augmenté de 71 % en France.
Des têtes de porcs jetés dans un cimetière
Au lendemain de l’attentat, plusieurs têtes de porcs avaient été jetées dans un cimetière musulman de Nouvelle-Galles du Sud. Des symboles nazis et des insultes ont aussi été tagués sur une mosquée de Brisbane, tandis que des actes de vandalisme ont été constatés dans un collège islamique de Melbourne.
Dans cette même commune, une importante mosquée située dans le quartier de Carlton a reçu son premier courrier haineux, qualifiant l’islam de « culte de la mort » et exigeant que la communauté « quitte la société judéo-chrétienne ». « C’est inquiétant, car on se demande où cela peut mener, commente Selima Ymer, la présidente du comité des femmes de la Société islamique albanaise australienne. Ce n’est qu’un simple courriel un jour, et le lendemain, cela pourrait se transformer en quelque chose de plus grave. »
« Ils le disent en réalité dans le ‘monde réel’»
« Il est important que les gens se souviennent que lorsqu’ils disent quelque chose en ligne, ils le disent en réalité dans le ‘monde réel’ et que cela peut avoir des conséquences graves et importantes », a réagi la police du Victoria, par la voix de son porte-parole. Cela inclut la possibilité d’être accusé d’infractions criminelles. »
Après l’attentat, les organisations musulmanes et les mosquées avaient publiquement condamné l’attaque antisémite, marquant leur solidarité avec la communauté juive. Dans une déclaration publique, le conseil national des imams australiens avait aussi affirmé que les « actions et l’idéologie de l’État islamique s’opposent totalement aux enseignements de l’islam et aux valeurs défendues par les musulmans du monde entier ». Tous redoutent de subir des « représailles » et une « punition collective ». Depuis, certains membres de la communauté dorment dans des mosquées pour les sécuriser.
La Voix du Nord