
La justice administrative a autorisé ce vendredi 3 avril, moins de deux heures avant son ouverture, la tenue de la Rencontre annuelle des musulmans de France (RAMF) au parc des expositions du Bourget, près de Paris. Le tribunal a jugé que les risques de troubles à l’ordre public invoqués par la préfecture de police n’étaient "pas établis".
La Rencontre annuelle des musulmans de France aura bien lieu
"Le tribunal suspend l'interdiction de la Rencontre annuelle des musulmans de France décidée par le préfet de police", a précisé le tribunal administratif de Paris, rappelant "que l'exercice de la liberté d'expression est une condition de la démocratie". Le congrès débutera donc à 14h00 et se poursuivra jusqu’à lundi, mêlant conférences, expositions et stands commerciaux.
La préfecture de police avait interdit le rassemblement, estimant qu’il était "exposé à un important risque terroriste à l'égard de la communauté musulmane" et à une possible mobilisation de groupes d’ultra-droite. Mais le tribunal a considéré que les éléments fournis "ne permettaient d'établir ni le risque de contre-rassemblements, ni que le rassemblement organisé serait spécifiquement ciblé par des organisations appartenant à la mouvance ultra-droite". Il a également rejeté la nécessité d’une mobilisation exceptionnelle des forces de l’ordre, "alors que les organisateurs ont mis en œuvre des mesures de sécurisation supplémentaires".
Réactions et portée politique
"C'est une victoire pour l'État de droit et la justice", a déclaré à l’AFP l’avocat de Musulmans de France, Sefen Guez Guez, saluant "une décision d'apaisement" qui permet la tenue du congrès. "On est satisfait, les considérations politiques qui ont dicté cette interdiction n'ont pas trompé le tribunal qui a considéré que la décision était illégale", a-t-il ajouté.
Me Guez Guez avait dénoncé lors de l’audience l’interdiction demandée par le ministre de l’Intérieur "dans le seul but de promouvoir un projet de loi" et s’inscrivant "dans un projet politique", alors que Laurent Nunez annonçait un nouveau projet de loi sur le séparatisme et l’entrisme islamiste.
40e édition après six ans d’absence
Cette édition marquera le retour du congrès après six années d’absence, en raison notamment de la Covid-19 et des difficultés rencontrées par Musulmans de France, fédération d’associations musulmanes succédant à l’UOIF depuis 2017. Les organisateurs avaient annoncé 1 700 réservations et attendaient jusqu’à 4 000 participants supplémentaires par jour.
"Ce n'est pas un arrêté anti-musulmans, anti-islam", avait affirmé le représentant de la préfecture, précisant que le seul objectif était de prévenir les troubles à l’ordre public et que, si la décision était suspendue, l’administration saisirait le Conseil d’État.
Le congrès réunira auteurs, imams, philosophes, historiens, universitaires, conférenciers et entrepreneurs, dans un contexte d’inquiétude de la communauté musulmane, dont les actes antimusulmans ont bondi de 88 % en 2025.
L’événement intervient également après un rapport sur l’islamisme politique où Musulmans de France est présenté comme "la branche nationale" des Frères musulmans, ce qu’ils contestent régulièrement.
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