La culture, la langue et les arts dans la pensée du guide martyr

0:28 - July 18, 2026
Code de l'info: 3496117

La culture, la langue et les arts dans la pensée du Guide du guide martyrÀ travers plusieurs entretiens accordés à des médias iraniens, cinq personnalités issues des domaines de la littérature, de la musique, du cinéma et de la recherche ont livré leur lecture de la pensée de l'ex-Guide suprême iranien, en insistant principalement sur sa conception de la culture, de la langue persane, de l'art et de la civilisation. 

 

Bien que leurs approches diffèrent, toutes convergent vers une idée commune : selon elles, la culture constitue le fondement de l'identité nationale et joue un rôle déterminant dans la construction de l'avenir de la société iranienne.

 

Mohsen Momeni-Sharif met l'accent sur la dimension civilisationnelle de cette pensée et sur le rôle central de la littérature. Le chanteur Mohammad Golriz insiste davantage sur la mission des artistes et sur la capacité de l'art à transmettre des valeurs. L'acteur et réalisateur Houshang Tavakoli appelle quant à lui à une approche historique rigoureuse avant toute représentation artistique. Le chercheur Mohammad Hassan Moghiseh souligne la place centrale de la langue persane dans la continuité de l'identité irano-islamique, tandis que Hadi Pourhamed développe une réflexion plus large sur le rôle de la culture, de la lecture et de l'éducation dans la formation des individus.

 

À travers ces témoignages, se dessine une vision dans laquelle la culture est présentée comme un instrument majeur de transmission, de cohésion sociale et de développement intellectuel.

 

Une vision culturelle au service d'une civilisation islamique moderne

Selon Mohsen Momeni-Sharif, la pensée du Guide se distingue avant tout par une approche culturelle et civilisationnelle de la société. D'après lui, la culture n'était pas considérée comme un secteur parmi d'autres, mais comme le socle même sur lequel reposent l'identité nationale, la cohésion sociale et le développement d'une civilisation islamique moderne.

Il explique que cette vision accordait une place centrale à la littérature, à la langue persane, aux arts et à la mémoire historique. Ces différents domaines étaient, selon lui, perçus comme des instruments capables de former les individus, de transmettre les valeurs essentielles et de préparer les générations futures.

Mohsen Momeni-Sharif affirme également que l'une des principales caractéristiques du Guide résidait dans sa capacité à proposer une vision de long terme. Selon lui, cette orientation était déjà perceptible durant sa jeunesse, notamment à travers son intérêt pour les courants intellectuels du monde musulman et par ses travaux de traduction portant sur l'avenir de la civilisation islamique.

Momeni-Sharif considère que la notion de « civilisation islamique moderne » constitue l'apport théorique majeur de cette pensée. À ses yeux, cette théorie repose sur l'idée que le renouveau d'une société passe d'abord par la formation d'individus conscients de leur identité, de leur histoire et de leurs responsabilités. Dans cette perspective, la littérature est présentée comme un moyen privilégié de révéler les qualités profondes du peuple iranien et d'assurer la transmission des valeurs culturelles.

Une attention particulière est accordée à la littérature de la Défense sacrée, consacrée à la guerre entre l'Iran et l'Irak. Selon Mohsen Momeni-Sharif, le Guide voyait dans ces œuvres un moyen de mettre en lumière le courage, le sacrifice et les valeurs morales attribués au peuple iranien. Il ajoute que cette littérature devait également être traduite afin de faire connaître cette expérience au niveau international.

Il insiste ensuite sur la place fondamentale de la langue persane. Selon lui, le persan ne constitue pas seulement un moyen de communication, mais aussi le principal dépositaire de la mémoire historique, de la pensée et de la culture iraniennes. Il rapporte que le Guide assumait pleinement son attachement simultané à l'Iran, à l'islam et à la langue persane, estimant que leur complémentarité contribuait à préserver l'identité nationale.

Mohsen Momeni-Sharif évoque plusieurs souvenirs personnels concernant les relations du Guide avec les écrivains, les artistes et les intellectuels. Il affirme que celui-ci suivait leur situation avec attention, leur témoignait du respect et intervenait parfois discrètement pour résoudre certaines difficultés sans rechercher de reconnaissance publique. Il conclut que cette attitude traduisait l'importance accordée aux acteurs culturels dans la continuité de la société iranienne.

 

L'art comme instrument de transmission des valeurs

Le chanteur Mohammad Golriz présente le Guide comme une personnalité profondément attachée à la culture et aux différentes formes d'expression artistique. Selon lui, son intérêt pour la poésie, la littérature et la musique lui permettait de comprendre pleinement le rôle des artistes dans la société.

Golriz estime que les créateurs ont aujourd'hui la responsabilité de transmettre la pensée, les valeurs et le parcours du Guide aux générations futures. À ses yeux, tous les supports artistiques peuvent participer à cette mission, qu'il s'agisse du cinéma, des documentaires, des courts-métrages, des arts visuels ou des chants patriotiques.

Il accorde une importance particulière à la musique et aux hymnes, qu'il considère comme des moyens particulièrement efficaces pour préserver la mémoire collective et transmettre durablement des valeurs au sein de la société.

L'artiste évoque également les cérémonies organisées après la disparition du Guide. Selon lui, leur ampleur traduisait l'attachement d'une partie importante de la population à cette personnalité politique et religieuse. Il interprète cette mobilisation comme un témoignage de fidélité aux idéaux de la Révolution islamique ainsi que comme une marque de reconnaissance envers son action.

Mohammad Golriz décrit le Guide martyr comme une personnalité réunissant, selon lui, des compétences scientifiques, religieuses, politiques, morales et administratives. Il considère que cette combinaison de qualités explique la place particulière qu'il occupe dans l'histoire contemporaine de l'Iran.

Il souligne également que les jeunes générations devraient approfondir leur connaissance de son parcours afin de mieux comprendre son influence. Selon lui, cette transmission repose autant sur les médias que sur les institutions culturelles et éducatives.

Golriz insiste par ailleurs sur la responsabilité particulière des artistes. Il estime que les œuvres culturelles doivent être réalisées avec sérieux et contribuer à défendre les valeurs religieuses et révolutionnaires. Il considère que la musique possède une influence durable sur les individus et invite les créateurs à mettre leur talent au service de ce qu'il considère comme des convictions positives.

Il souligne enfin le rôle des responsables culturels, qui devraient selon lui fournir les moyens matériels nécessaires au développement d'œuvres de qualité. Il présente le domaine culturel comme un espace de confrontation idéologique nécessitant un investissement important. Dans cette perspective, il affirme que le Guide considérait les arts comme un instrument stratégique permettant à la fois de renforcer la cohésion nationale et de présenter à l'étranger une image de la Révolution islamique conforme à cette vision.

Privilégier la recherche avant la création artistique

L'acteur et réalisateur Houshang Tavakoli adopte une approche sensiblement différente en mettant l'accent sur la nécessité de traiter cette personnalité historique avec prudence et méthode. Selon lui, la richesse de son parcours ne peut être comprise qu'à travers des recherches approfondies et une analyse historique rigoureuse.

Tavakoli estime que le Guide possédait d'importantes qualités de leadership, notamment dans la gestion de situations complexes et dans sa capacité, selon lui, à maintenir la cohésion entre des acteurs aux intérêts parfois divergents. Toutefois, il considère que les connaissances actuellement disponibles demeurent insuffisantes pour produire des œuvres artistiques complètes et durables.

À ses yeux, il serait prématuré de réaliser des films, des séries ou des biographies ambitieuses avant la constitution d'un ensemble solide de documents, d'archives, de témoignages directs et d'études historiques. Il affirme que le temps permettra progressivement de mieux comprendre cette période et d'éclairer certains aspects encore insuffisamment documentés.

Pour cette raison, Tavakoli recommande d'éviter les productions réalisées dans la précipitation, estimant qu'elles risqueraient de proposer une représentation simplifiée ou inexacte.

Il souligne également que les difficultés rencontrées dans la production d'œuvres de qualité trouvent leur origine dans des problèmes plus larges touchant les politiques culturelles. Selon lui, il conviendrait avant tout de renforcer les fondements du système culturel et d'élaborer une stratégie cohérente avant d'engager des projets artistiques d'envergure.

À propos des cérémonies organisées après le martyre du Guide, Tavakoli estime qu'elles ont révélé l'attachement d'une partie de la population à cette personnalité. Il considère que cette mobilisation pourrait constituer une ressource sociale importante pour renforcer la cohésion nationale et améliorer l'organisation de futures manifestations publiques.

Concernant la représentation artistique, il insiste sur la nécessité d'adopter une approche équilibrée. Selon lui, les qualités humaines, les aspects moraux et les dimensions personnelles méritent autant d'attention que les décisions politiques. Il estime que les historiens doivent d'abord établir une connaissance solide fondée sur des sources fiables avant que les artistes ne s'en inspirent.

Enfin, Tavakoli critique certaines insuffisances des politiques culturelles, qu'il attribue notamment au manque de coordination entre les institutions et à l'absence d'une stratégie commune. Il propose la création d'un conseil scientifique réunissant historiens, sociologues, politologues et autres spécialistes afin de coordonner les recherches et d'évaluer les projets consacrés à cette personnalité. Il conclut en invitant les jeunes chercheurs et artistes à privilégier la patience, l'étude critique des sources et la confrontation des témoignages afin de produire des œuvres nuancées et crédibles.

La langue persane comme fondement de l'identité nationale

Le chercheur Mohammad Hassan Moghiseh présente le persan comme un élément central de la pensée culturelle attribuée au Guide martyr. Selon lui, la défense de cette langue dépasse largement la seule préservation du patrimoine littéraire et s'inscrit dans un projet plus vaste visant à préserver l'identité irano-islamique et à renforcer le rayonnement culturel de l'Iran.

Il rappelle que, dans cette vision, la culture constitue le fondement de toute civilisation durable. La langue persane est ainsi présentée comme le principal vecteur de transmission des valeurs, de la mémoire historique et des réalisations intellectuelles accumulées au fil des siècles.

Moghiseh souligne que cette langue, forte d'une tradition littéraire ancienne, assure la continuité entre le passé, le présent et l'avenir de la nation. Sa préservation est donc décrite comme une responsabilité collective qui dépasse largement les seules questions linguistiques.

Le chercheur insiste également sur l'intérêt personnel que le Guide aurait porté à la littérature. Selon lui, celui-ci connaissait en profondeur les grands auteurs classiques et contemporains de la poésie persane, notamment Hafez, Saadi, Ferdowsi, Naser Khosrow, Parvin Etesami, Akhavan Sales et Saeb Tabrizi. Il rappelle également qu'il écrivait lui-même des poèmes sous le pseudonyme « Amin ».

Selon Moghiseh, cette sensibilité littéraire influençait directement sa conception de la politique culturelle. Il évoque les rencontres annuelles avec les poètes, les annotations rédigées sur certains ouvrages ainsi que le soutien apporté aux académies et aux institutions scientifiques comme autant d'exemples illustrant cette priorité accordée à la culture.

L'auteur souligne également l'importance attribuée aux universités, aux médias publics, aux centres de recherche et aux institutions culturelles dans la diffusion d'un persan de qualité. Selon lui, ces acteurs avaient pour mission de préserver la richesse de la langue face aux évolutions contemporaines.

Enfin, Moghiseh explique que la promotion du persan ne devait pas se limiter au territoire iranien. Il présente l'enseignement de cette langue à l'étranger comme un outil de diplomatie culturelle destiné à renforcer les échanges intellectuels avec différentes régions historiquement liées à l'Iran. Dans cette perspective, la langue persane apparaît comme un élément essentiel de la continuité historique et de la transmission du patrimoine culturel.

La culture et la lecture au cœur de la formation de la société

Pour Hadi Pourhamed, spécialiste des études coraniques et des questions culturelles, la compréhension de cette pensée passe avant tout par l'analyse de son rapport à la culture, à la connaissance et à l'éducation. Selon lui, la culture constitue le fondement indispensable de toute civilisation durable.

Il explique que cette vision se serait construite dès l'enfance, au sein d'un environnement familial attaché à la religion, à l'étude du Coran, aux sciences religieuses et à la littérature. Cette formation aurait contribué, selon lui, à développer une personnalité associant spiritualité, savoir et réflexion sociale.

Pourhamed insiste particulièrement sur la place de la lecture. Il rapporte qu'avant la Révolution, même dans des périodes où il risquait l'arrestation, le Guide aurait continué à accorder une importance particulière aux livres qu'il souhaitait emporter avec lui. Selon l'intervenant, cet épisode illustre une conception de la recherche du savoir comme une activité permanente.

Le chercheur souligne également le lien profond entretenu avec la poésie persane. Il affirme que cette personnalité fréquentait les milieux littéraires dès sa jeunesse et possédait une connaissance approfondie des techniques poétiques ainsi que des grandes œuvres classiques et contemporaines.

Selon Hadi Pourhamed, l'art occupe également une place essentielle dans cette vision culturelle. Il le présente comme un moyen privilégié de transmettre des idées, de toucher les consciences et de contribuer à l'évolution intellectuelle et morale de la société. La littérature, la poésie, la récitation coranique et les autres formes artistiques sont ainsi considérées comme des instruments importants de la construction culturelle.

L'intervenant insiste sur la responsabilité envers les jeunes générations. Il estime que l'éducation intellectuelle doit être encouragée dès le plus jeune âge, cette période étant déterminante dans la formation de la personnalité. Malgré les progrès des technologies numériques, il considère que le livre conserve une place irremplaçable dans l'acquisition des connaissances.

À travers son analyse, Hadi Pourhamad présente ainsi la transmission du savoir, la protection de la langue, le développement de la littérature et le soutien aux arts comme des éléments essentiels à la préservation de l'identité culturelle et à la préparation de l'avenir de la société.

Par Sara Hamidi

captcha