Discours du professeur Ekmeleddin Ihsanoglu à la 36ème session du conseil des ministres des affaires étrangères

13:47 - May 24, 2009
Code de l'info: 1782232
Damas(IQNA)- La 36ème session du Conseil des Ministres des Affaires étrangères qui tient ses assises dans cette brillante métropole arabo-islamique connut jadis les premières heures de gloire de l'Islam, une métropole qui témoigne siècles de grandeur de notre religion et qui est depuis toujours la gardienne de son legs éternel.
Le professeur Ekmeleddin Ihsanoglu, le secetaire général de l’OCI a présenté le discours suivant à l'occasion de la 36ème session du Conseil des Ministres des Affaires étrangères:
"Il me plaît, également, au début de cette allocution, de rendre un vibrant hommage au vaillant peuple syrien et à son illustre leader, S.E. le Président Bachar Al-Assad, à qui nous adressons l’expression de nos remerciements et de notre très haute considération pour la sollicitude dont il a entouré cette importante réunion et pour le discours exhaustif qu’il a prononcé à la cérémonie d’ouverture. Par ce discours magistral, le Président Assad a voulu nous éclairer la voie à suivre en matière d’action islamique commune et baliser le terrain à la reconnaissance de la Oummah islamique, dans le contexte de la conjoncture particulièrement délicate que nous traversons aujourd’hui. C’est pourquoi je tiens à exprimer, due haut de cette tribune, toute notre reconnaissance et notre considération à Son Excellence et à son gouvernement pour les efforts déployés et les préparatifs entrepris afin que les travaux de cette session se déroulent dans des conditions optimales. Je tiens également à les remercier de l’accueil cordial et de la généreuse hospitalité dont tous les participants à cette conférence ont été l’objet.
C’est la première fois que nous nous retrouvons officiellement depuis le début de mon second mandat, en tant que Secrétaire général de l’Organisation, et ma réélection à l’unanimité à ce poste, lors du Sommet de Dakar, en mars 2008. Je voudrais saisir cette occasion pour vous dire l’insigne privilège que je ressens de pouvoir continuer d’œuvrer à ce poste important, n'épargnant aucun effort au service des Etats et de la Oummah islamique, de manière à en rehausser le prestige et à en promouvoir le progrès et l’essor, tout en étant conscient du lourd fardeau qui repose aujourd'hui sur nos épaules.
Ce qui renforce notre confiance et notre sérénité, c'est que les quatre années écoulées ont servi en quelque sorte de test qui nous a permis de mesurer notre aptitude à accomplir des réalisations concrètes, à avancer et à faire entendre notre voix dans le monde.
Lorsque nous nous penchons sur la situation actuelle du monde musulman dans le contexte de l’enchaînement des évènements et des développements politiques sur la scène internationale, lorsque nous revenons sur les bouleversements au niveau de l’équilibre des forces entre les grandes puissances de la dernière décennie et que nous examinons de plus près les orientations politiques d’un ordre international devenu désormais unipolaire, surtout avec l’arrivée d’une nouvelle administration américaine, manifestement plus ouverte que la précédente, nous constatons que le rôle du monde musulman, reste encore marginal et sans commune mesure avec son poids démographique, son étendue géographique, sa position géostratégique, ses immenses richesses naturelles et ses formidables potentialités.
Des nations pauvres avaient su, au cours de ces deux dernières décennies comment tirer parti de leur pauvreté et de leur manque de ressources pour faire de cette faiblesse une force d’impulsion sur la voie du redressement économique, du progrès et de l’essor. Elles ont su adopter les meilleures pratiques économiques et miser sur les technologies avancées pour se donner des perspectives économiques prometteuses, à l’instar de l’Inde, aujourd’hui, et de la Chine, hier.
Au milieu de ces développements, on peut dire que le Programme d'Action décennal de l’OCI a permis d’ébaucher une vision originale, celle d’un monde musulman unifié, solidaire, cohérent, qui parle d’une seule voix et qui soit apte à relever tous les défis que j’ai évoqués plus haut et de nous aider à sortir de l’ornière du découragement et de l’abattement où nous nous sommes enlisés. Nous avons d'ores et déjà entrepris de mettre en œuvre les dispositions de ce programme. Le Secrétariat général a ainsi exécuté la quasi-totalité des missions institutionnelles qui lui étaient confiées, comme l’amendement de la Charte, la restructuration et la réforme radicale de plusieurs organes subsidiaires dont l’Académie islamique internationale du Fiqh et l’Agence islamique internationale de Presse, et la création d’un Organe indépendant des droits de l’homme, à l’échelle du monde musulman, afin de renforcer la bonne gouvernance. Nous avons également renforcé et revigoré les institutions économiques œuvrant dans le cadre de l’action islamique commune. Ceci sans oublier la qualité de l’enseignement, ni les initiatives communes en matière de sciences et de technologie. J'ai présenté, à ce sujet, des rapports annuels sur les progrès réalisés.
Les grandes causes qui préoccupent le monde musulman n'ont guère évolué. La question palestinienne a connu des développements extrêmement importants avec la multiplication des agressions visant les citoyens palestiniens et l’intensification des agissements israéliens, consistant en des massacres d’innocents, les arrestations, la construction d’implantations dans les territoires occupés, la démolition des habitations palestiniennes et l’isolement des villes et agglomérations. La ville d’Al-Qods et la Mosquée d’Al-Aqsa font également l’objet d’une offensive féroce sans précédent visant à les judaïser et à en occulter totalement l’identité arabo-islamique. Il incombe aujourd’hui et plus que jamais aux Etats membres d’apporter leur soutien politique et financier à la résistance stoïque de la ville d’Al Qods, de ses habitants et de ses institutions.
De même, la crise humanitaire dans la bande de Gaza exigerait un effort islamique conséquent pour y remédier. Il m’a été donné de visiter récemment la bande de Gaza où j’ai pu constater de visu l’état de la situation humanitaire et mesurer l’ampleur des dégâts. J’ai pu rencontrer les nouveaux réfugiés et observer de mes propres yeux les conséquences de l'agression israélienne qui a dépassé en atrocité et en cruauté toutes les limites du tolérable. De véritables crimes de guerre et crimes contre l’humanité y ont été perpétrés et des armes internationalement prohibées ont été utilisées.
Nous avons dépêchée plusieurs convois d'assistance humanitaire chargés de produits alimentaires et de matériel médical pour la population de Gaza. Il est maintenant de notre devoir de conjuguer nos efforts pour faire comparaître les auteurs de ces crimes devant les juridictions internationales compétentes, tout comme il est de notre devoir d'accélérer la reconstruction de la bande de Gaza et de mettre un terme aux épreuves et aux souffrances endurées par nos frères dans ce territoire.
De même, nous insistons sur la nécessité pour la communauté internationale d'inciter le gouvernement israélien à mettre fin à l'occupation de la totalité des territoires arabes occupés en 1967, à Al Qods, en Cisjordanie, au Golan et au Sud-Liban. J’apprécie également les efforts méritoires déployés par la République arabe d'Egypte pour réconcilier les frères palestiniens et unifier les factions et les parties en Palestine.
L’OCI a été au premier rang des organisations internationales qui ont cherché à établir un contact permanent avec les autorités irakiennes à Bagdad, en multipliant les visites, en nommant un Ambassadeur en Irak et en contribuant à mettre un terme aux affrontement interethniques et interconfessionnels. Nous avons dépêché des missions en Irak pour explorer les possibilités de coopération avec ce pays, dans divers domaines à la suite desquelles je me suis rendu personnellement à Bagdad pour y rencontrer les responsables irakiens, à la tête d’une forte délégation groupant les représentants des différentes instances économiques et culturelles de l’OCI, dont la Banque islamique de Développement, en vue d’examiner la possibilité de contribuer aux projets de reconstruction et de développement de l’Irak.
Concernant la situation en Afghanistan, l’OCI pense que ce pays frère se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Il fait face à des défis qui ont pour nom la paix, la sécurité et la stabilité. L’Organisation de la Conférence islamique n’a cessé d’être active et d’appuyer les efforts de beaucoup de pays membres de la communauté internationale visant à l’établissement d’une paix globale en Afghanistan. J’ai pris part à cet égard, à une conférence sur l’Afghanistan tenue à Moscou où j’ai prononcé une allocution. L’OCI a participé également à une conférence internationale sur l’Afghanistan qui s’est déroulée à La Haye. L’Organisation de la Conférence islamique n’a pas oublié non plus les questions de développement et de reconstruction en Afghanistan auxquelles elle accorde, au contraire, un intérêt constant.
La campagne contre l’Islam se poursuit avec la même virulence, les menées hostiles aux musulmans et à leur religion se poursuivent à un rythme accru. Ce fléau commence à contaminer progressivement certaines institutions publiques après avoir gangréné certaines organisations de la société civile et certains partis politiques.
Nous avons fourni beaucoup d’efforts et nous continuons de le faire à plusieurs niveaux en vue de sensibiliser l’opinion à notre lutte contre le phénomène de « l’islamophobie » dans les différentes régions du monde et dans le monde occidental en particulier.
Nous avons également tenu plusieurs réunions et conférences, discuté avec plusieurs responsables d’organisations internationales et régionales et signé à cet effet plusieurs conventions bilatérales dont la plus importante est peut être le mémorandum d’entente avec l'initiative de l’Alliance des civilisations, soutenue par les Nations Unies, pour renforcer les opportunités de coopération. Nous avons organisé une séance spéciale au sein des Nations unies à Genève pour célébrer le 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme et participé à Genève à une autre réunion avec le « forum sur les valeurs universelles communes ».
Nous sommes parvenus à faire adopter une recommandation aux termes de laquelle l'Assemblée générale de l'ONU et le Conseil des Nations Unies pour les Droits de l'homme condamnent les campagnes hostiles aux religions et appellent à s'abstenir de lier le terrorisme à l'islam.
De même avons-nous joué un rôle actif dans la conférence de Durban II sur la lutte contre le racisme qui s’est déroulée récemment à Genève et où notre action et nos positions ont été accueillies avec satisfaction et considération par les délégations, eu égard à la pertinence des idées développées à ce sujet par l'OCI.
L'action entreprise par l'observatoire de l'Organisation contre l'islamophobie a été d'une grande efficacité. L'observatoire a en effet détecté et documenté le jeu électronique appelé Faithfighter (le guerrier de la foi) sur un site électronique, jeu qui met en scène un soi-disant affrontement entre le Prophète Mohamed et Jésus-Christ. Nous sommes immédiatement intervenus pour dénoncer ce jeu, ce qui a abouti à son retrait de la toile. L'observatoire est devenu une référence internationale pour tout ce qui concerne les développements de ce type de manifestations.
On peut dire que ces efforts intenses ont commencé à donner leurs fruits : aujourd’hui, plusieurs membres de la communauté internationale se rendent compte de la gravité des conséquences de ce phénomène sur la sécurité et la stabilité dans le monde. Le 2è rapport annuel de l'Observatoire de l'OCI sera soumis à Vos Excellences au cours de la présente session.
Pour parachever la mise en œuvre des dispositions du Programme d'Action décennal et de la nouvelle Charte, l’Organisation de la Conférence islamique a préparé, en collaboration avec un Groupe d’experts des Etats membres, une étude sur la création d’un "Organe indépendant et permanent" des droits de l’homme, qui fera partie des organes de l’OCI. Cette première version de l’étude a été soumise à une réunion officielle du Groupe intergouvernemental d’experts des Etats membres en vue de l’examiner. Le Groupe d’experts s’est réuni dans la ville de Djeddah les 12 et 13 avril 2009 pour étudier le document et le projet de statuts de l’Organe. Il a été décidé, au cours de la dernière réunion des hauts fonctionnaires, de poursuivre l'étude et d'approfondir la discussion à ce sujet.
Ainsi l’OCI fait-elle un pas nouveau positif en avant dans un domaine vital, objet de l’attention de la communauté internationale et qui marque un tournant crucial dans la promotion de la démocratie et de la bonne gouvernance parmi les Etats membres.
Le département des affaires humanitaires au sein de l’OCI, déploie de grands efforts pour acheminer des secours à certains pays membres dont la Sierra Léone, l'Afghanistan, l'Indonésie, Gaza, le Soudan, la Somalie et les Comores.
La crise financière actuelle constitue une source de vive préoccupation pour tous les Etats membres et pour l’ensemble des organes et institutions de l’OCI. Notre Organisation envisage d’organiser un forum international sur la crise financière mondiale, en collaboration avec le COMCEC. Il est impératif pour les Etats membres de revoir leurs politiques interne et externe pour se concentrer davantage sur leur coopération économique et sociale afin de permettre à leurs entreprises économiques de s’adapter aux nouvelles conditions imposées par la crise financière et économique mondiale. Je rappellerais à ce propos que l’objectif d’accroissement du volume des échanges commerciaux intra-islamiques est en passe de se concrétiser. En effet, il est déjà passé de 14,5% en 2005 à environ 17% en 2008. D’un autre côté, le nombre des Etats ayant signé l’accord-cadre du système de préférence commerciale est passé à 31 et celui des Etats l’ayant ratifié à 22. Il me plait à cet égard de saluer les grands efforts que le COMSEC ne cesse de déployer à cet effet, à l’instar de la BID, du CIDC, de la CICI, en vue d’accélérer le processus de développement des Etats Membres.
Sur un autre plan, le programme de développement de l’industrie du coton relevant de l’OCI se trouve actuellement au stade de la mise en œuvre par les soins de la République de Turquie. Le Secrétariat général a déjà organisé, avec le concours de la BID, une première réunion du comité de projet pour la liaison ferroviaire reliant Port-Soudan à Dakar.
Par ailleurs, la 2ème Conférence des ministres en charge des Affaires des femmes a marqué un jalon lumineux dans le processus de promotion du rôle de la femme au sein de la société musulmane, avec l’adoption du Plan d’action de l’OCI pour la promotion de la femme, baptisé « Plan d’action du Caire », et qui consacre le rôle des femmes en tant que partenaires incontournables du développement de la Oummah.
L’Académie internationale islamique du Fiqha, elle aussi, accompli de grandes avancées à l’intérieur de son domaine de compétence, notamment dans le rapprochement entre les différentes madhahib et écoles jurisprudentielles.
L’OCI a réussi à réformer et à faire évoluer bon nombre de ses organes et rouages. Mais elle a échoué dans la réforme de l’un de ses mécanismes les plus importants et les plus anciens, à savoir le Fonds de solidarité islamique et ce pour des raisons non objectives. Pour autant, il reste indispensable et impératif de revoir le mode opératoire du Fonds pour le mettre au diapason des réformes que nous avons pu introduire dans les autres organes.
Dans le domaine des sciences et technologies, je rappellerais que le plan d’action relatif au projet de construction d’automobiles et d’aéronefs, avec le soutien financier de la BID, a été d’ores et déjà parachevé au même titre que le plan d’appui au transfert pacifique de la technologie. De son côté, la CICI a affecté un capital commun aux sciences et technologies qui vient s’ajouter à la dotation allouée par la BID aux projets scientifiques et technologiques.
Dans le domaine de l’enseignement, on ne peut que regretter le fait que le rapport de l’OCI sur le classement des universités n’ait pas encore été publié en raison de l'insuffisance des données et des informations qui nous sont parvenues des Etats membres, en dépit de toute notre insistance sur ce point. J’aimerais à cet égard renouveler mon appel aux Etats membres pour leur demander de nous fournir les informations réclamées."
Source: OCI
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