8:07 - June 30, 2020
Code de l'info: 3473300
Téhéran(IQNA)-Depuis le rocher de Monaco où il contemple le monde, non pas du luxe ostentatoire et corrupteur, mais en proie à ses vieux démons, Keita Baldé, le jeune international sénégalais, porte un regard à la fois inquiet, attristé et compassionnel sur toutes les victimes du racisme, et particulièrement anti-Noirs.
Né à Arbucies, en Catalogne, l’attaquant de l’AS Monaco, noir et de confession musulmane, ne peut plus fermer les yeux sur la violence du racisme qui frappe les Noirs en Espagne, dénonçant vigoureusement un « racisme endémique ».
 
A l’heure où la planète entière, saisie d’effroi devant l’agonie atroce de George Floyd, semble avoir laissé tomber ses œillères opaques et crie son indignation, Keita Baldé ne veut plus se taire, ni détourner le regard, et encore moins se laisser éblouir par le miroir aux alouettes de la gloire et de la fortune. Il regarde désormais en face les injustices criantes et l’ostracisme social, dur et impitoyable, qui s’abattent sans discontinuer sur ses frères et sœurs noirs.
 
« La vie des Noirs n’a d’importance que si vous vous appelez Keita Baldé, que si vous êtes une star dans votre domaine. Mais si vous travaillez à temps partiel à Lleida, alors là tout est différent. Votre vie ne vaut rien », s’est-il récemment insurgé, non sans émotion, dans les colonnes du grand quotidien espagnol El Mundo.
 
Keita Baldé aux côtés de Sadio Mané, la star du football sénégalais, connu pour sa piété et sa générosité
Alors que le Coronavirus, dans son sillage mortifère, a révélé le sort effroyable subi par les travailleurs saisonniers, exploités telles des bêtes de somme, notamment dans sa Catalogne natale, le refoulement odieux de 150 familles noires qui logeaient dans des hôtels l’a profondément choqué.
 
Hanté par les images difficilement supportables de cette expulsion cruelle, tournées par le cinéaste Paco Leon, Keita Baldé a décidé de voler à la rescousse de ces maris et pères, épouses et mères, et de leurs enfants jetés à la rue, sans une étincelle d’humanité. Devant une telle détresse et tant de souffrance, il a payé intégralement leur logement, ainsi que leurs frais de nourriture et de vêtements.
 
« Je ne voulais pas parler, je ne voulais pas offrir des mots, je voulais des faits, je voulais agir concrètement. Ces familles avaient besoin d’aide », a-t-il déclaré de manière vibrante. « Elles vivaient dans des conditions déplorables, elles dormaient dans la rue, entre des boîtes en carton. Imaginez un peu ! Ces travailleurs saisonniers travaillent 13 heures par jour pour 25 €, et doivent acheter de la nourriture, trouver un endroit où dormir, ils ne volent personne », a-t-il insisté, avant de fustiger le traitement que l’Espagne leur réserve.
 
« En Espagne, nous avons besoin de personnes travaillant dans les champs pour récolter les fruits. Nous en avons besoin, mais on ne les traite vraiment pas bien… », a-t-il grandement déploré.
Depuis le mythique rocher de Monaco où il ne se laisse pas griser par sa vie dorée, Keita Balda, les crampons bien ancrés dans la pelouse et la solidarité chevillée au cœur, préfère jouer les bienfaiteurs de ceux qui n’ont rien, de ses frères et sœurs en Dieu et en humanité abandonnés de tous, sur le bord du chemin. Il a ainsi financé l’hébergement de 80 travailleurs immigrés à Barcelone, au pic de la pandémie du Covid-19. Il continue toujours de le faire, à ce jour.
 
« J’ai aussi financé une mosquée et une école au Sénégal, je suis comme ça depuis toujours.  L’argent est l’un des problèmes de ce monde. Il classe les gens. Nous vivons dans une société polluée à cet égard. La valeur réelle de la personne ne compte pas. C’est vraiment triste ». C’est par ces mots affligés que le jeune footballeur sénégalais, qui s’efforce de ré-enchanter un monde si cruellement désenchanté, a conclu son entretien.
 
Prénom:
Email:
* Commentaire:
* captcha: