Géographie appliquée de la résistance : l’héritage stratégique du martyr Qassem Soleimani

16:02 - January 08, 2026
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IQNA- Selon l’analyste politique irakien Hassan Derbash al-Amiri, le martyr Qassem Soleimani n’a pas seulement marqué l’histoire contemporaine de l’Asie occidentale par son rôle militaire, mais surtout par une refondation conceptuelle de la résistance.

Lors d'une interview accordée à IQNA, al-Amiri explique qu'en dépassant la géographie classique fondée sur les frontières étatiques, le général Soleimani a élaboré ce que l’on peut appeler une « géographie appliquée de la résistance », capable de transformer des espaces fragiles en leviers stratégiques.

Cet héritage continue d’influencer les équilibres régionaux, au point que, malgré l’intensification des tensions, les grandes puissances hésitent encore à s’engager dans une guerre régionale totale. À travers cette approche, la résistance est devenue un facteur de dissuasion durable, même après l’assassinat de son principal architecte.

Une nouvelle définition de la géographie de la résistance
Le principal legs intellectuel et opérationnel du martyr Soleimani réside dans sa rupture avec la géographie traditionnelle. Il ne considérait plus l’espace comme un ensemble de frontières fixes, mais comme un champ dynamique d’influence, de circulation et de coordination. Cette vision a permis de compenser les faiblesses militaires classiques par la dispersion des forces, la flexibilité organisationnelle et la multiplication des fronts.

En transformant la logique du conflit de « centre contre centre » en « réseau contre système », Soleimani a redéfini la manière de faire la guerre. Les corridors stratégiques reliant l’Irak, la Syrie et le Liban ont constitué un maillage logistique et humain cohérent, rendant toute confrontation globale extrêmement coûteuse pour l’adversaire. Cette approche a converti certains États fragiles en acteurs prévisibles des équations régionales, capables d’imposer un seuil de dissuasion. Aujourd’hui encore, cette géographie appliquée explique la réticence des grandes puissances à déclencher un conflit régional élargi, malgré la montée des crises.

La résistance dans la guerre des récits et des pressions politiques
Après l’assassinat du martyr Soleimani, ses adversaires ont tenté de redéfinir la notion même de résistance, en la réduisant à un problème sécuritaire ou à un désordre armé. Toutefois, selon l’analyste irakien, l’axe de la résistance n’a pas reculé : il est passé d’un leadership charismatique centralisé à une gestion en réseau, plus décentralisée et multipolaire.

Les stratégies fondées par Soleimani demeurent opérantes, bien qu’elles évoluent dans un environnement plus complexe. La connexion des différents fronts — Irak, Syrie, Liban, Palestine et Yémen — subsiste, même sous pression, en s’appuyant davantage sur des acteurs idéologiques locaux plutôt que sur des armées conventionnelles. La combinaison de l’action militaire avec la pression politique, psychologique et médiatique reste un pilier central de cette stratégie.

Cependant, certains affaiblissements sont visibles : l’absence d’une figure capable de coordonner l’ensemble des fronts, la multiplication d’initiatives locales parfois au détriment d’une vision globale, ainsi que les pressions économiques et sociales croissantes. Malgré cela, la dissuasion asymétrique demeure active, même si son niveau de cohésion n’atteint plus celui de l’époque du martyr Soleimani.

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Le débat sur le désarmement et l’avenir de l’axe de la résistance
Les appels au désarmement des groupes de résistance, portés par certains courants régionaux et occidentaux, ne peuvent être considérés comme neutres. Présentés sous le couvert de la « sécurité régionale » ou du monopole étatique de la violence, ils dissimulent souvent un projet visant à démanteler la dissuasion existante.

L’expérience montre que, là où la résistance a été désarmée avant la consolidation d’un Etat fort, le résultat a été la vulnérabilité et non la stabilité, comme au sud du Liban avant 2000, à Gaza ou en Irak après 2003.

Ces demandes sont d’autant plus contestables qu’elles restent sélectives, ignorant par exemple l’arsenal nucléaire israélien. En pratique, le désarmement conduit à la disparition de la dissuasion asymétrique, au retour d’une domination unilatérale et à la transformation de la guerre coûteuse pour l’ennemi en pression sans coût réel.

Quant à l’avenir de l’axe de la résistance, il ne suivra pas une trajectoire linéaire. Il dépendra des évolutions internationales, des dynamiques internes des pays concernés et de la gestion du conflit avec les États-Unis et Israël. La Palestine restera le cœur symbolique et stratégique de cette confrontation, tandis que le Liban et l’Irak demeureront des espaces sensibles d’équilibre entre l’État et la résistance. Globalement, l’axe subsistera, plus prudent, moins visible, mais toujours capable d’influer sur les équations régionales.

L’héritage du martyr Qassem Soleimani peut se résumer à une équation claire : la sécurité ne naît ni d’alliances fragiles ni de slogans émotionnels, mais d’une force autonome, guidée par la lucidité stratégique et l’éthique. La résistance, loin d’être un simple réflexe militaire, demeure un instrument de dissuasion visant à empêcher toute victoire décisive de l’ennemi. Dans cette perspective, la survie et l’équilibre constituent déjà une forme de victoire durable.

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