La lumière de la mosquée Al-Omari de Gaza brille derrière des murs de nylon, à l’approche du Ramadan

15:04 - February 02, 2026
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IQNA-À l’approche du mois de Ramadan, la mosquée historique Al-Omari de Gaza, aujourd’hui en grande partie détruite, devient le symbole d’une détermination spirituelle qui dépasse la simple nostalgie.

Selon Al-Quds al-Arabi, malgré les ruines, les habitants de la vieille ville s’efforcent de rendre à nouveau possible la prière quotidienne, même si cela implique de couvrir les murs effondrés avec des matériaux de fortune comme du nylon, du bois et des morceaux de métal.

Dans une ruelle étroite de la vieille ville de Gaza, au milieu des décombres, Abou Zehir Qassem est assis sur une chaise en plastique devant sa boutique partiellement détruite. Autrefois remplie de l’odeur de pâtisseries fraîches, elle est aujourd’hui plongée dans le silence, avec seulement une lueur d’espoir au cœur des ruines. Il explique vivre désormais dans une tente près de la mosquée Al-Omari, après la destruction de sa maison.

Pour lui, cet endroit n’est pas un simple quartier, mais le lieu de toute une vie. Il y est né, y a grandi, s’y est marié et y a fondé sa famille. Son commerce se trouvait à côté de la mosquée. En évoquant Al-Omari, il ne parle pas seulement d’un édifice religieux, mais d’une identité menacée de disparition. Il décrit la mosquée comme un symbole du peuple palestinien et de son histoire, affirmant qu’aucune beauté au monde n’égale la sienne.

مناره مسجد «العمری» قبل و پس از حمله رژیم صهیونیستی

Il insiste sur le fait qu’une mosquée n’est pas qu’un bâtiment, mais un récit transmis de génération en génération. Chaque pierre, dit-il, porte une histoire. Là où d’autres ne voient qu’un bloc de pierre, lui voit l’histoire de la Palestine. Il accuse l’armée israélienne d’avoir cherché à effacer la vieille ville et l’identité palestinienne, tout en affirmant que, grâce à la volonté des habitants, tout sera reconstruit.

Ce qui se passe autour d’Al-Omari dépasse la nostalgie : il s’agit d’un acte de résistance et d’un effort pour maintenir vivante la présence de la mosquée dans la mémoire collective, même si sa structure physique a presque disparu. À l’approche du Ramadan, cette volonté se traduit par des actions concrètes : réparer les mosquées avec des moyens rudimentaires, simplement pour permettre la reprise de la prière.

صحن بیرونی مسجد العمری قبل و پس از حمله ویرانگر رژیم اشغالگر

Les chiffres officiels du ministère des Waqfs et des Affaires religieuses à Gaza montrent que la mosquée Al-Omari n’est qu’un exemple parmi beaucoup d’autres. Entre 2024 et 2025, 1 109 des 1 244 mosquées de la bande de Gaza ont été totalement ou partiellement détruites, soit environ 89 % des lieux de culte. Parmi elles, 834 ont été complètement rasées et 275 ont subi des dommages graves les rendant inutilisables. En août 2025, ce taux de destruction aurait atteint 93 %, ce que de nombreux habitants considèrent comme une atteinte systématique au tissu religieux et social palestinien.

L’UNESCO a également signalé des dommages touchant 14 lieux de culte, dont des mosquées et des églises, parmi environ 150 sites culturels et historiques affectés à Gaza jusqu’au 20 janvier 2026. Ces destructions ne concernent donc pas seulement des bâtiments, mais aussi l’histoire, la culture et la mémoire collective.

Les efforts des habitants ne relèvent pas d’une simple restauration architecturale. Ils cherchent à préserver ce qui reste de leur identité, même avec des matériaux qui ne correspondent ni à la valeur historique ni à la dimension spirituelle des lieux. Pourtant, ces tentatives sont devenues un symbole fort de résilience.

چراغ روشن مسجد «العمری» با دیوارهای نایلونی

Dans les ruelles de la vieille ville, des scènes de « réparation » prennent forme. Du nylon et des barres de fer deviennent des murs provisoires et des toits de fortune, transformant des espaces en ruine en lieux de prière capables d’accueillir des fidèles. Faute de matériaux de construction et de soutien adapté à l’ampleur des destructions, les habitants essaient de recréer un semblant de vie à partir des décombres. Il ne s’agit plus de reconstruire des mosquées au sens traditionnel, mais de redéfinir le concept même de mosquée : un lieu de prière, de rassemblement et de présence.

Dans la cour totalement détruite d’Al-Omari, les habitants ont installé un espace de prière en utilisant du nylon et du métal. Ce lieu ne remplace pas la mosquée, mais permet de maintenir les rites religieux, surtout avec l’arrivée du Ramadan, mois central sur les plans spirituel et social.

چراغ روشن مسجد «العمری» با دیوارهای نایلونی

Ces solutions ne sont pas permanentes, mais elles témoignent d’une volonté collective de préserver l’atmosphère religieuse dans un territoire soumis au siège. Les matériaux simples ne sont pas vus comme de la pauvreté, mais comme des outils pour assurer la continuité de la prière au milieu des ruines.

Le cheikh Nabil Akram, imam et prédicateur de la mosquée, décrit la situation comme si l’histoire se déroulait sous ses yeux. Il rappelle que la grande mosquée Al-Omari, située au cœur de Gaza, a plus de 1 300 ans. Selon lui, sa destruction visait à effacer les monuments islamiques en Palestine.

La mosquée aurait été fondée au VIIe siècle et sa construction est attribuée au calife Omar ibn al-Khattab après la conquête de la région. Elle compte parmi les plus anciennes mosquées du monde islamique. Au fil des périodes omeyyade, abbasside, fatimide, mamelouke et ottomane, elle a été restaurée et agrandie à plusieurs reprises, acquérant une architecture mêlant différentes influences. Avec son dôme central, ses minarets, ses décorations en pierre et ses colonnes anciennes, elle représentait un modèle unique associant héritage local et caractère islamique.

اقامه نمازهای جمعه در دل ویرانه‌های مسجد العمری

Lorsque le cheikh la décrit comme la « deuxième mosquée après Al-Aqsa », il souligne que l’enjeu dépasse la simple reconstruction d’un bâtiment. Il s’agit d’un symbole historique dont la restauration devient un acte national autant que religieux.

À l’approche du Ramadan, le besoin de lieux de prière et d’espaces de rassemblement se fait plus pressant. Pour les habitants de Gaza, préparer ces espaces temporaires revient à recréer l’esprit d’un mois associé à la miséricorde et à l’humanité, dans une ville qui a perdu une grande partie de ses repères. Ces lieux provisoires deviennent ainsi de nouveaux chapitres de dévotion, rappelant que la vie ne s’est pas arrêtée et que la pratique religieuse peut se poursuivre malgré la destruction.

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