« La société libanaise debout entre foi, résistance et mémoire des martyrs »

5:23 - June 23, 2026
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IQNA-"Nous appartenons avant tout à l’école de Karbala. C’est cette école qui nous donne la force, la patience, la certitude et la foi nécessaires pour affronter les épreuves", dit l'épouse d'un martyr du Hezbollah.

« La société libanaise debout entre foi, résistance et mémoire des martyrs »Dans un contexte régional marqué par les conflits et les tensions, la parole des familles de martyrs prend une dimension particulière. Hura Yassine, journaliste de la chaîne Al-Kawthar et épouse du combattant du Hezbollah Mohammad-Baqer Ali Karki, tué dans les rangs de la résistance, partage son expérience intime et son regard sur la société libanaise. Entre rôle des médias, héritage de Karbala et résilience d’un peuple confronté à la guerre et aux difficultés économiques, elle évoque une vision profondément ancrée dans la foi et la mémoire collective.

IQNA-Quel rôle les médias peuvent-ils jouer aujourd’hui pour renforcer la cohésion des familles et maintenir l’espoir dans un contexte de crise régionale ?

Les médias occupent aujourd’hui une place centrale dans la vie quotidienne. Ils sont devenus l’un des principaux moyens d’accès à l’information, mais aussi un champ de bataille symbolique. Dans un contexte aussi fragile, ils peuvent soit renforcer la stabilité des sociétés, soit contribuer à leur fragmentation.

Les ennemis de la résistance utilisent souvent les médias pour affaiblir le moral des peuples, semer le doute et déformer la réalité. C’est pourquoi il est essentiel de développer une production médiatique consciente, responsable et orientée vers la vérité.

Le rôle du journaliste n’est pas seulement d’informer, mais aussi de protéger la cohésion sociale et de défendre une narration fidèle aux faits. Nous devons utiliser cet outil comme une forme de « résistance culturelle », aux côtés de la résistance sur le terrain.

Mon travail dans l’émission « Fanjân Qahwa » s’inscrit dans cette logique : aborder les questions familiales et sociales pour renforcer les liens au sein de la société musulmane. Le modèle que nous suivons est celui de Zaynab, première figure médiatique de l’histoire islamique, qui a transmis la vérité de Karbala malgré les pressions et les dangers.

Que pouvez-vous nous dire sur les qualités humaines et spirituelles de votre mari martyr, et quels enseignements laisse-t-il aux jeunes générations ?

Mon mari, le martyr Mohammad-Baqer Ali Karki, était profondément attaché à la voie de son père et à ses valeurs. Dans sa vie quotidienne, il répétait souvent : « C’est ainsi que mon père aurait voulu agir ». Cette référence constante montre combien il vivait dans la continuité morale et spirituelle de sa famille.

Il accordait une grande importance à la prière et aux actes d’adoration. Il ne se limitait pas aux obligations religieuses, mais cherchait aussi à accomplir les pratiques recommandées, notamment la prière de nuit et les invocations. Le Coran occupait une place essentielle dans sa vie : il le récitait régulièrement et s’en inspirait dans ses décisions.

Sur le plan humain, il était extrêmement humble. Il traitait tout le monde avec respect, sans distinction d’âge ou de statut social. Il cherchait toujours à faciliter la vie des autres et à répondre à leurs besoins.

Après la disparition de son père, il a assumé un rôle de soutien familial, presque comme une figure paternelle. Son parcours rappelle aux jeunes que la foi, la discipline et le service des autres constituent les fondements d’une vie digne et utile.

Vivre dans une famille de martyrs implique une lourde responsabilité. Quel message cela transmet-il aux nouvelles générations ?

Nous appartenons avant tout à l’école de Karbala. C’est cette école qui nous donne la force, la patience, la certitude et la foi nécessaires pour affronter les épreuves. Elle nous enseigne que le sacrifice peut prendre la forme de la vie, des biens ou même des proches, lorsque cela est lié à une cause juste.

Les familles des martyrs incarnent aujourd’hui les leçons de Karbala dans leur réalité quotidienne. Leur patience face à la perte et leur fidélité à la cause de la résistance sont une forme de continuité historique et spirituelle.

Il est essentiel de préserver la mémoire des martyrs, de raconter leurs histoires et de transmettre leurs valeurs. L’éducation des générations futures doit s’appuyer sur l’amour de la résistance, non comme une simple option politique, mais comme un élément lié à la dignité et à la survie de la communauté.

La résistance, dans ce contexte, n’est pas seulement une action militaire : elle est une identité, un héritage et une responsabilité collective.

Comment expliquez-vous la résilience du peuple libanais face aux guerres, aux pertes humaines et aux difficultés économiques ?

La première source de cette résilience est la foi en Dieu et l’acceptation de Sa volonté. Mais il existe aussi une dimension profondément spirituelle liée à l’école de l’imam Hussein, qui enseigne la patience face à l’injustice et la fermeté dans les moments d’épreuve.

Un autre facteur essentiel est l’influence des dirigeants et des figures de la résistance, qui ont accompagné et soutenu le peuple dans les périodes les plus difficiles. Leur rôle a été déterminant dans la consolidation de cette culture de persévérance.

Aujourd’hui encore, nous observons cette force dans les familles des martyrs, des blessés et des déplacés. Malgré les souffrances, elles restent attachées à leur terre et à leurs valeurs.

Cette résilience est comparable à un arbre profondément enraciné : ses racines restent solides dans la terre, tandis que ses branches s’élèvent vers le ciel. Les martyrs représentent ces racines, et leur mémoire continue de nourrir la société.

C’est cette continuité entre foi, mémoire et engagement qui permet au peuple libanais de rester debout malgré les épreuves.

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