L’impact du mois de Ramadan sur les comportements d’achat dans les pays arabes

18:50 - February 21, 2026
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IQNA-Le mois de Ramadan ne constitue pas seulement une occasion religieuse majeure dans le monde arabe et islamique, mais également une véritable saison économique.

Selon Sky News Arabia, chaque année, cette période redessine en profondeur la carte des dépenses et des habitudes de consommation dans de nombreux pays arabes. Les marchés enregistrent une hausse significative de la demande, notamment pour les produits alimentaires de base, les pâtisseries et les boissons traditionnelles associées à la rupture du jeûne.

Les entreprises locales et internationales adaptent leurs stratégies commerciales pour répondre à cette intensification de la consommation. Ramadan devient ainsi une saison dorée pour de nombreux secteurs.

Toutefois, ces transformations ne se limitent pas à l’alimentation : elles touchent également la publicité, le commerce électronique, les services et même les indicateurs macroéconomiques comme l’inflation et la productivité. Les experts financiers soulignent que ce mois sacré agit comme un moteur économique saisonnier, générant à la fois des opportunités et des défis structurels.

Une saison exceptionnelle pour l’économie et la consommation
Pour Mohammed Saïd, expert des marchés financiers interrogé par Sky News Arabia, le mois de Ramadan représente une saison économique exceptionnelle qui reconfigure chaque année les modèles de dépenses dans la région arabe. Bien que les fidèles modifient leurs habitudes alimentaires durant la journée en raison du jeûne, cette période se transforme paradoxalement en l’un des cycles de consommation saisonniers les plus importants de l’année.

Les préparatifs commencent plusieurs semaines avant le début du mois sacré. Les familles anticipent l’augmentation de la demande en constituant des stocks de produits essentiels. Les données issues de plusieurs pays arabes montrent que les dépenses des ménages consacrées à l’alimentation et aux boissons augmentent de 25 à 50 % par rapport aux mois ordinaires.

Cette hausse concerne particulièrement certains produits emblématiques du Ramadan : les dattes, les fruits secs, les noix, la viande, les produits laitiers ainsi que les boissons traditionnelles servies à l’iftar. Cette concentration de la demande exerce une pression considérable sur les chaînes d’approvisionnement et les réseaux de distribution.

Cependant, cette dynamique positive pour le commerce comporte également un revers. Mohammed Saïd souligne l’augmentation notable du gaspillage alimentaire durant cette période. Une part significative des achats dépasse les besoins réels de consommation. Cela alourdit le budget des ménages et entraîne une utilisation inefficace des ressources, créant un déséquilibre entre l’intention spirituelle du mois et certaines pratiques de consommation excessives.

Par ailleurs, l’impact de Ramadan dépasse largement le secteur alimentaire. Les plateformes numériques, les applications de livraison et les boutiques en ligne enregistrent une forte croissance de la demande, en particulier durant les heures nocturnes. Les restaurants, hôtels et établissements de divertissement adaptent leurs offres avec des services spéciaux d’iftar et de suhoor, stimulant ainsi le tourisme intérieur et l’économie locale.

Le pic publicitaire et l’émergence d’une économie nocturne
Le secteur publicitaire connaît lui aussi un essor saisonnier remarquable durant Ramadan. L’audience télévisuelle double souvent pendant cette période, notamment aux heures de rupture du jeûne et lors de la diffusion des séries et programmes de divertissement du soir. Les entreprises consacrent une part importante de leurs budgets marketing à ce mois stratégique.

La concurrence ne se limite plus aux chaînes traditionnelles. Elle s’étend fortement aux plateformes numériques et aux réseaux sociaux, où les campagnes interactives ciblent particulièrement les jeunes consommateurs. Le commerce électronique et les services de livraison sont stimulés par ces campagnes, surtout durant la nuit, moment où l’activité économique s’intensifie.

Cette évolution a donné naissance à ce que certains experts qualifient « d’économie nocturne ». En raison de la réduction des horaires de travail officiels dans de nombreux pays arabes et de la fatigue liée au jeûne, la productivité diurne diminue dans certains secteurs, notamment ceux nécessitant un effort physique ou mental soutenu. Toutefois, cette baisse relative est partiellement compensée par une activité commerciale accrue après la rupture du jeûne.

Les commerces de détail, restaurants, cafés et espaces de divertissement restent ouverts jusqu’aux premières heures du matin. Cette transformation du rythme économique modifie profondément la dynamique des villes durant Ramadan.

Malgré les opportunités offertes, le secteur publicitaire fait face à plusieurs défis. Les coûts de production et de diffusion augmentent sensiblement, tandis que la saturation des messages publicitaires rend plus difficile la captation de l’attention du public. Les agences sont ainsi contraintes d’innover et de produire des contenus capables de créer un lien émotionnel durable avec les consommateurs, au-delà de la simple intensité saisonnière.

Inflation saisonnière et pression sur le pouvoir d’achat
Ramadan exerce également une influence directe sur les taux d’inflation. L’augmentation saisonnière de la demande en produits alimentaires et services entraîne une hausse des prix, en particulier dans les économies dépendantes des importations ou confrontées à des contraintes d’approvisionnement.

Cette pression temporaire sur la demande fait grimper les indices des prix à la consommation. Dans certains cas, des commerçants profitent de l’intensification des achats pour augmenter les prix. Toutefois, l’ampleur de ces hausses varie d’un pays à l’autre.

Dans plusieurs pays du Golfe, la surveillance stricte des marchés et la présence de grandes chaînes de distribution limitent les hausses excessives. Les promotions et offres spéciales proposées par ces enseignes contribuent à atténuer l’inflation saisonnière et à maintenir une certaine stabilité des prix.

La situation diffère dans d’autres pays, comme l’Égypte, où l’inflation peut être plus marquée en raison d’un contrôle moins rigoureux dans certains secteurs et d’une demande accrue liée à la densité démographique. Selon Hanane Ramsis, experte des marchés financiers interrogée par Sky News Arabia, le mois de Ramadan est généralement associé à une augmentation notable des taux d’inflation en raison de la hausse des dépenses alimentaires, des réunions familiales et du renforcement des liens sociaux.

Dans certains cas, l’attachement aux traditions pousse des familles à supporter des charges financières supérieures à leurs capacités, allant parfois jusqu’à recourir à l’endettement pour couvrir les dépenses du mois sacré.

Les autorités publient parfois des indicateurs montrant un ralentissement mensuel de l’inflation basé sur un panier de biens essentiels, ce qui peut justifier des ajustements de politique monétaire. Toutefois, de nombreux citoyens ressentent une augmentation réelle des prix, créant un décalage entre les statistiques officielles et la réalité quotidienne.

Enfin, les inégalités sociales accentuent la pression sur les ménages les plus modestes, qui peuvent être contraints de renoncer à certains produits pour subvenir à leurs besoins essentiels. L’efficacité du contrôle des marchés, la disponibilité des marchandises et l’ampleur des campagnes promotionnelles des grandes enseignes demeurent des facteurs déterminants dans l’évolution de cette inflation saisonnière.

En définitive, le mois de Ramadan apparaît comme un puissant moteur économique saisonnier dans les pays arabes. Il stimule la consommation, dynamise la publicité, transforme les rythmes de travail et influence les indicateurs macroéconomiques. Toutefois, cette vitalité s’accompagne de défis liés au gaspillage, à la productivité et à la pression inflationniste, confirmant le rôle central des traditions culturelles dans la structuration des cycles économiques régionaux.

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Tags: ramadan ، jeûne
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