9:38 - January 14, 2020
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En Autriche, le programme gouvernemental annoncé par l'ÖVP et le Parti vert, similaire au programme du précédent gouvernement d'extrême droite, laisse présagé que les problèmes liés à la xénophobie et à l'islamophobie demeureront malgré le changement de pouvoir.
En Autriche, à la suite du plus grand scandale de son histoire et la chute du gouvernement d'extrême droite en mai dernier suite à de nombreuses allégations de corruption et d'irrégularités contre le Parti de la liberté (FPÖ), d'extrême droite, et son ancien président Heinz Christian Strache, le Parti populaire autrichien (ÖVP) de centre-droit, et le Parti vert ont obtenu la confiance populaire pour prendre le pouvoir. Cela a été particulièrement salué par les étrangers vivant en Autriche.
 
Les Verts, qui se concentrent généralement sur la protection de l'environnement et le changement climatique, plaident pour plus de lois humanitaires sur l'immigration et l'asile, et adoptent une attitude plus libérale envers la protection des droits des minorités religieuses et ethniques.
 
 
LA CONFIANCE DANS LES VERTS A ÉTÉ VAINE
 
 
L'interdiction du port du foulard jusqu'à l'âge de 10 ans, a été élargie jusqu'à l'âge de 14 ans sous le mandat du gouvernement de coalition, sous la direction du président de l'ÖVP, Sebastian Kurz [photo], et des Verts ; des questions telles que l'emprisonnement préventif, sans décision judiciaire préalable, d'étrangers et de réfugiés au nom de la lutte contre l'islam politique, et la pression et la limitation des droits des étrangers et des musulmans se poursuivront sans relâche, sous ce nouveau gouvernement.
 
 
RÉACTION DES PROFESSIONNELS DU DROIT ET DES ONG
 
 
La Communauté islamique autrichienne (IGGÖ), qui est considérée comme le représentant légal d'environ 800 000 musulmans en Autriche, estime que le nouveau gouvernement "est dans une approche hostile envers les musulmans" et a décrit comme une déception l'absence du traditionnel positionnement anti-discrimination des Verts envers le programme gouvernemental.
 
Réagissant au programme gouvernemental et rappelant que l'emprisonnement préventif sans décision judiciaire préalable, que veut mettre en place le gouvernement, nuirait à la société, la Présidente de l'Association autrichienne des Juges, Sabine Matejka, a déclaré que sans mise en œuvre d'un amendement constitutionnel, il sera beaucoup plus difficile de la mettre en œuvre.
 
 
"LE PROGRAMME DU GOUVERNEMENT A DÉÇU"
 
 
L'ancienne députée et politicienne Martha Bissman a déclaré à la correspondante de l'Agence Anadolu (AA) que les pourparlers de coalition entre les deux parties avaient commencé à corriger les erreurs de Sebastian Kurz, qui avait formé une coalition avec l'extrême droite, ainsi qu'à mettre en œuvre des politiques efficaces sur les questions environnementales et climatiques, pour les Verts privés de sièges du parlement lors des élections de 2017. Bissman a noté que les Verts disposaient d'une position importante pour empêcher la mise en place d'un gouvernement d'extrême droite, mais que le programme du gouvernement annoncé le 1er janvier a été une déception totale.
 
Pour Bissman, le programme du nouveau gouvernement perpétue la position anti-étrangère et anti-musulmane du gouvernement précédent. "Les provocations populistes et extrême-droitistes contre les musulmans se sont poursuivies. L'Islam politique est diabolisé en tant que "plus grand ennemi de la république", tandis que l'interdiction du foulard utilisé comme matériel politique continue d'être employé comme élément de guerre", selon Bissman.
 
Bissman a noté que le programme gouvernemental était principalement marqué par un populisme de droite.
 
 
QUESTION DE L'ISLAM POLITIQUE
 
 
Notant que la nouvelle ministre de la Cohésion sociale, Susanne Raap a récemment accru le contrôle des organisations islamiques et promis que l'interdiction du foulard entrerait en vigueur en 2020 tout en expliquant cela par la tolérance zéro à l'islam politique, Bissman a rappelé que la déclaration "Islam politique" est utilisée depuis des années par les populistes de droite.
 
L'ancienne politicienne questionne le sens de cette expression, et demande qui ces "islamistes politiques" sont supposés être : ceux qui propagent des discours de haine, des terroristes, ou celles qui portent un foulard, ou les activistes, les professeurs de religion, les communautés religieuses, ou peut-être les mosquées? Selon Bissman, tant que cette terminologie ne sera pas clairement définie, elle continuera longtemps de poser un grave danger et ouvrira la porte à des campagnes de diffamation à grande échelle visant toute une société".
 
Bissman a noté que les Verts qui défendent les droits des minorités et les droits de l'homme, et qui ont des difficultés à accepter les pratiques populistes de droite ont, en échange, hérité du large portefeuille du ministère de l'Environnement qui a vu l'accroissement de ses prérogatives, mais que cependant, les diverses mesures favorisant l'écologie, dont les mesures fiscales, ne pourraient pas être appliquées avant 2022.
 
Selon Bissman, un bon programme de protection du climat ne sera possible qu'en améliorant l'environnement entre les personnes, et cela n'est pas possible quand, dans une société, les minorités et les pauvres sont ignorés, et que les mesures mises en œuvre ne sont pas pour l'intérêt de la majorité mais sont un "programme de l'élite".
 
Actuellement chercheur à l'Université de Georgetown, Farid Hafez, pour sa part, a déclaré qu'il est difficile d'envisager que le nouveau gouvernement, avec ses approches différentes et ses conflits de points de vue, puisse progresser, alors que le MTP de centre-droit pèse plus lourd que les Verts en termes de ministères et de programme gouvernemental.
 
 
 
"LE PROGRAMME DU NOUVEAU GOUVERNEMENT N'EST PAS DIFFÉRENT DU PRÉCÉDENT"
 
 
Hafez a noté que le gouvernement actuel a presque le même programme que le gouvernement précédent sur les questions liées à l'immigration et aux musulmans, et que certaines questions visent même à mettre en œuvre des réglementations plus strictes.
 
Hafez a souligné que les pratiques plus rigoureuses, en particulier pour les classes religieuses, les filles musulmanes et les institutions musulmanes, étaient incluses dans le nouveau programme gouvernemental.
 
"Si les pratiques du programme gouvernemental sont mises en œuvre, les politiques anti-islamiques seront justifiées par la main d'un parti comme les Verts (pro-immigrant, libertaire), ce qui est bien pire", a conclu Hafez.
 
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