11:08 - September 05, 2021
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Téhéran(IQNA)-Le lourd coût humanitaire de ces deux décennies de conflit s’élève à plus de 240 000 victimes pour la plupart des civils afghans, des millions de déplacés et 2400 morts dans les groupes de l'OTAN.

Il y a eu d'innombrables rapports de crimes commis par les forces de l'OTAN, notamment plusieurs soldats américains coupant les mains et les doigts d'Afghans et les emmenant avec eux aux États-Unis comme souvenirs, ou un soldat australien tuant un prisonnier afghan parce qu’il n’avait pas trouvé de place dans l’hélicoptère, ou une vidéo montrant un citoyen afghan priant à côté d'une ferme, attaqué par le chien d'un soldat australien qui au lieu d’éloigner le chien, tue ce citoyen afghan.

Bahram Zahedi, expert de l'Afghanistan, doctorant en sciences politiques à l'Université Tarbiat Modares et chercheur à l'Institut d'études stratégiques, estime que les Américains et les forces de l'OTAN ont tout mis en œuvre pour maintenir leur souveraineté en Afghanistan, et après de nombreux crimes et des milliers de tonnes de bombes sur la population afghane, ont finalement échoué face à la foi et à la résistance du peuple musulman d'Afghanistan.

Bahram Zahedi, se référant aux efforts américains pour diviser le pays, a déclaré : « La pression de l'opinion publique américaine pour se retirer d'Afghanistan était très forte et selon un sondage, 77% des Américains étaient d'accord avec le retrait des troupes américaines. Cependant, aujourd’hui, les États-Unis tentent d'entraîner l'Afghanistan dans une guerre civile afin qu'ils puissent se présenter en sauveurs ».

Dans un entretien avec l’Agence iranienne de presse coranique (Iqna) sur la nature des talibans et l’avenir de la situation en Afghanistan, il a déclaré : « Les talibans, comme la plupart des musulmans de la partie orientale du monde islamique, sont adeptes de l'idéologie déobandi, un mouvement intellectuel sunnite né dans l'Inde au XIXe siècle, et lui-même divisé en Deobandiyya Hayatiyya et Mamatiya.

Ils n’excommunient en aucun cas, ceux qui croient au pèlerinage, au recours aux saints et à l'intercession. Les adeptes des sectes Qadiriyya, Naqshbandiyya et Cheshtiyya, sont membres de ce groupe. Ce système de pensée d’inspiration hanafite, est fondamentalement différent du wahhabisme et est ouvert au dialogue avec les diverses écoles dont les chiites.

Les talibans veulent établir un gouvernement islamique qui mette l'accent sur l’application de la charia avec la formation d'un conseil qui élit un émir qui lutte pour la charia et la justice dans la société. Le terme « Emirat islamique » est utilisé pour ce modèle de gouvernement, bien que dans les négociations officielles, ils parlent de « régime islamique » et non uniquement d’un « Emirat islamique ».

Shahabuddin Delawar, haut responsable des talibans, a déclaré : « Nous n'insistons pas sur le nom. Ce gouvernement pourrait avoir le nom qu’il avait dans le gouvernement de Burhanuddin Rabbani, et s’appeler « État islamique », mais dans tous les cas, le gouvernement doit avoir une base islamique et religieuse.

Sur le plan social, il existe différents groupes ethniques parmi les talibans, les Pachtounes sont le groupe ethnique avec le plus grand nombre de talibans mais les Tadjiks, les Ouzbeks, les sunnites Hazaras et d'autres petits groupes ethniques sont également présents parmi les talibans, et la radio « Voice of Shariat » du groupe diffuse des programmes en pachto, dari et ouzbek, ainsi que des chansons et des clips musicaux dans différentes langues.

Les talibans veulent aussi préserver les valeurs traditionnelles face à la modernité importée (de l’Occident). Les objectifs des talibans, comme ils l'ont dit eux-mêmes, étaient doubles : Expulser les occupants et établir un système islamique, et ils semblent avoir largement réussi dans le premier. Mais pour atteindre le deuxième objectif, nous devons attendre et voir exactement ce qu’ils entendent et réaliseront, dans les négociations avec les grandes personnalités afghanes.

Nous espérons qu'à la suite des développements en Afghanistan, les États-Unis ne seront pas en mesure de concevoir un nouveau complot, de ramener leurs forces ou de créer des mouvements terroristes comme Daesh dans ce pays. Le gouvernement qui était au pouvoir avait de nombreux problèmes et beaucoup de corruption, et n'a pas observé les règles de bon voisinage avec l'Iran sur la question de l'eau. Nous espérons que le processus politique en Afghanistan, sera l’occasion d’un meilleur voisinage et qu’une meilleure justice et les droits de tous seront respectés.

L'une des menaces est la migration de certains qui pensent, à tort ou à raison, qu'ils doivent quitter l'Afghanistan. Un autre problème est que l'Afghanistan a besoin d'aides étrangères et que certains pays du monde islamique qui n'ont pas un bon bilan et ont agi contre la résistance, les intérêts de la République islamique d'Iran et les musulmans, influencent la politique du gouvernement avec leur argent. Les actifs de l'Afghanistan sont également bloqués ainsi que les 5,9 milliards de dollars d'actifs transférés aux banques américaines.

Les Américains sont susceptibles de faire des demandes en échange de la libération de cet argent, et cela constitue un défi pour les talibans. Nous espérons que le peuple afghan, après 40 ans de guerre, essaiera de se construire un avenir meilleur, et non de se venger d'autres groupes ethniques et tribus. Bien sûr, traduire en justice les gens corrompus qui ont commis des crimes sous le gouvernement précédent, est une autre question.

Les accords politiques et de sécurité à long terme entre l'Iran, l'Afghanistan, la Chine et la Russie, aideront beaucoup l'Afghanistan et empêcheront que les appareils de sécurité des pays ennemis nuisent à l'Afghanistan et à la région. Le Pakistan, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Turkménistan et le Qatar, et peut-être même la Turquie peuvent apporter une partie de l'aide nécessaire, mais je souligne que cette aide devra se faire en coopération avec l'Iran, la Chine et la Russie.

Le dialogue inter-afghane devra avoir lieu entre des forces authentiques bien établies en Afghanistan, pour qu'un gouvernement global soit formé, et non avec des courants affiliés aux États-Unis qui peuvent causer des problèmes à long terme. Je pense que les pays voisins n'ont pas l'intention d'intervenir mais s'ils peuvent aider, ils le feront, car la stabilité de l'Afghanistan est dans leur intérêt et parce que l'intervention de pays éloignés pour compenser leur échec, peut être dangereuse ».

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